L’intervention sociale aujourd’hui en France, confrontée à la montée des précarités
Année : 2015
Thème : A-t-elle vraiment les moyens de lutter ?
Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Auteur(s) :
ACHARD Christelle (France) – christouachou@hotmail.fr
Résumé :
Dans le contexte économique actuel, l’intervention sociale se trouve confrontée à de nouveaux enjeux. La précarité touche une part de plus en plus importante de la population (hausse de 30% des situations de pauvreté en 10 ans). Parallèlement, les plus pauvres connaissent des situations encore plus difficiles, avec un cumul de difficultés qui s’influencent et se renforcent mutuellement (2 millions de personnes en situation de grande pauvreté) .
En filigrane, les restrictions budgétaires qui pèsent sur le secteur impactent la qualité des suivis : moins de temps (réduction des effectifs), moins de moyens (restriction du montant et de la durée des aides, hausse de leur sélectivité ). Paradoxalement, à l’heure où les directives gouvernementales tendent à affaiblir l’intervention sociale, la mode est à la mesure de ’la rentabilité’ et de ‘l’efficacité’ des services sociaux (évaluations interne et externe, procédures d’appel à projet) .
Chargée de lutter contre la précarité, l’intervention sociale peut parfois, à l’inverse, venir renforcer l’instabilité des situations. Discontinuité des droits (ruptures de droits, sur-exclusion , errance institutionnelle ), segmentation des prises en charges (difficultés du partenariat), non-recours s’élevant à « 7 milliards d’euros» . Une insécurité matérielle rendant toute tentative de projection dans l’avenir illusoire, d’où une insécurité psychique et relationnelle .
Bien qu’affaiblie, l’intervention sociale constitue le dernier rempart contre la précarité. Lutte contre les rigidités et les zones noires du système, prise en charge de la globalité des situations , reconnaissance des usagers dans leurs qualités d’êtres humains ; les travailleurs sociaux constituent un véritable pont entre les dispositifs et les individus .
Leur force de résistance, les professionnels la trouvent dans leur souci de toujours ‘penser leur métier’. En ce sens, les écoles de formation sont les premières à impulser ce souci d’auto-analyse et cette recherche de compréhension des évolutions législatives. Mais quel avenir pour la formation, quand le gouvernement entend en faire un cursus universitaire?
Le rôle de veille sociale des travailleurs sociaux constitue un axe de grande importance. Ceci passe par un suivi régulier des évolutions législatives, par la formation continue, et par l’intérêt pour les recherches en sciences sociales . Mais quelle place pour la veille sociale quand les travailleurs sociaux manquent de temps ? Quels poids pour leurs constats/ revendications quand ils sont de plus en plus nombreux à être en situation précaire ? Quel avenir pour la recherche en sciences sociales quand le souci est à l’économie budgétaire ?
Ainsi, la détermination et l’attachement à des valeurs humaines fortes , le courage et les mobilisations constituent aujourd’hui à la fois la force de résistance, et la condition de survie du secteur de l’intervention sociale.
La montée des précarités conjuguée à la précarisation du secteur social vient interroger les fondements de l’intervention sociale. Les repères sont bouleversés, et les pratiques, remises en question. Certains y verront la mort annoncée d’un secteur en crise, d’autres une opportunité pour ‘repenser’ le social à l’aune des difficultés actuelles. En effet, cette fragilisation du secteur offre aussi, et paradoxalement, une possibilité de ‘rebondir’, et de chercher d’autres réponses. Les travailleurs sociaux se retrouvent en défi permanent pour préserver les acquis, palier aux dysfonctionnements, et développer de nouvelles pratiques. Les dispositifs innovants foisonnent: pratique de l’ »aller vers » dispositifs à bas seuil d’exigence, pluridisclinarité des équipes. Parallèlement, cette quête de sens constante, qui reste l’âme de résistance du métier : tables rondes, revues de recherche et de terrain…
Mots clés :
Management social, Politique sociale, Intervention sociale et travail social
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