AGIR PAR LE DROIT

Année : 2015

Thème : L’exemple d’une association de représentation des personnes en situations de chômage et de précarité

Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Auteur(s) :

BLANCHARD MARIANNE (France) – marianne.blanchard@askoria.eu

Résumé :

Au sein d’une association locale d’accueil et de représentation des personnes en situations de chômage et de précarité existante depuis 1994, nous avons participé au développement d’un travail de collaboration et de coopération local et national, pour permettre aux personnes, aux professionnels, aux institutions publiques de faire respecter et d’améliorer les droits des personnes. Cette présentation expérientielle, menée avec le soutien d’un réseau national membre du Conseil national de lutte contre les exclusions, le Mouvement National des Chômeurs et Précaires, allie mise en réseau, formation-action et la coopération avec les pouvoirs publics. Les formations-actions développées ont été inspirées d’outils méthodologiques du projet DECLIC « renforcer nos actions collectives par le droit » proposés par l’association Juristes-solidarités dans le cadre d’un programme européen. Ce sont 16 années d’interventions sociales communautaires qui ont été menées localement, puis au niveau départemental et régional.
L’exercice de la pratique le montre immédiatement : pour répondre à la problématique d’une personne, il doit être fait une étude de sa situation et de ses droits auxquels elle peut prétendre. Et si les droits ne correspondent pas à la situation, que pouvons-nous faire en tant que professionnel ? un constat d’impuissance seulement ?
Nous proposons de relater cette expérience et d’en faire une analyse. Nous montrerons en quoi l’intervention sociale communautaire permet de construire des réponses adaptées aux besoins de personnes, en quoi le travail d’une association représentant des personnes concernées est force de propositions de modification des droits en renforçant le travail social et les réponses apportées par les professionnels. Nous présenterons la synergie qui a été trouvée entre les différents intervenants pour améliorer les droits formels (cadre juridique) : associations engagées, institutions sociales et pouvoirs publics, professionnels du travail social et personnes concernées.
Dans les formations en travail social et pour adulte en général, le droit formel est enseigné. Or, comme l’évoque N. Roulaud, professeur de droit à la faculté d’Aix Marseille, et défenseur de l’approche anthropologique du Droit, pour être au plus près des besoins des personnes « ce critère formel ne suffit pas à définir le droit. On chercherait également en vain à le définir par son contenu, car celui-ci est éminemment variable. ».
Dans le champ de l’anthropologie juridique, le droit est un cadre mouvant, dynamique en lien direct avec des pouvoirs d’influence et les transformations sociales. Il est ancré dans les situations. Il nous donne à voir ainsi les zones de non droit, les droits imparfaitement appliqués, le non accès aux droits, les droits inexistants. Les droits de personnes ne peuvent donc évoluer que si nous considérons la réalité sociale, réalité à laquelle les intervenants sociaux sont confrontés. Les personnes qui vivent ces situations sont les premiers acteurs indispensables à l’évolution du droit. Le professionnel, catalyseur des situations, en est un acteur fondamental.
L’hypothèse que nous avons aujourd’hui est que le processus d’innovation de l’intervention sociale communautaire met en œuvre un processus d’influence sociale. Il permet d’aboutir dans le temps à la modification du droit formel.
Le respect des droits et leur amélioration passent par la reconnaissance à sa juste place d’une composante de la formation aux métiers de l’intervention sociale : le droit. Non pas uniquement dans la connaissance du cadre formel mais aussi et surtout dans la connaissance des droits réels, des droits des personnes ancrées dans les situations rencontrées. Une des perspectives est celle de former les professionnels et les étudiants à l’étude juridique de situations par la formation-action et participer à l’amélioration des droits et au développement de la citoyenneté, 2 indispensables au mieux vivre ensemble.

Mots clés :

Action communautaire, Citoyenneté, Co-construction

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