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Susciter la prise de parole chez les anciens « sans abris ». Vers la production dialogique de nouvelles identités ?

Année : 2016

Thème : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Auteur(s) :

BERGER Mathieu (Belgique) – m.berger@uclouvain.be

Résumé :

Cet effort, destiné à poser les jalons programmatiques d’une étude plus aboutie, fut initié sur base d’un travail réflexif proposé par l’association Periferia aux « Espaces Dialogue » de Charleroi et Liège, et développé de novembre 2003 à juin 2004. Les textes issus de ces séances, ainsi que la démarche d’ensemble de « Capacitation Citoyenne » sont disponibles au téléchargement (www.capacitation-citoyenne.org). Suite à ce travail, l’auteur continua à se présenter aux réunions en tant que simple observateur, bénéficiant pour cela de l’assentiment des collectifs.

En Région wallonne (Belgique), les Relais sociaux (RS) se présentent comme des structures de coordination des associations et services publics qui, à l’échelle de la ville, constituent la principale offre en matière d’urgence sociale, d’accueil de jour / de nuit, et de travail de rue. Inspirés du Samu social parisien et mis en place en 2001 sur l’initiative de l’ancien Ministre des Affaires Sociales en Région wallonne (Thierry Detienne, écologiste), les Relais sociaux ont pour mission et slogan de permettre un dépassement du stade de l’urgence, pour travailler davantage aux conditions d’une insertion progressive de leurs usagers.

À côté des principes directeurs de « dignité » et de « solidarité » autour desquels s’articule la charte fondatrice des RS, on retrouve celui de « citoyenneté ». Il est attendu du travailleur social affilié à un RS qu’il « offre à la personne en détresse la possibilité de s’informer, de s’associer, de revendiquer et d’exercer ses droits », qu’il « recherche sa participation dans le processus », et qu’en amont l’on puisse « mettre en œuvre une concertation régulière » (Charte du Relais Social, 2000). Le RS de Charleroi (2001) et plus récemment celui de Liège (2004) se sont ainsi munis de dispositifs de concertation, d’espaces publics que l’on appellera ici communément « Espaces Dialogue » [1] .

Les réunions organisées dans ce cadre visent principalement deux catégories interdépendantes: d’une part, les professionnels et bénévoles oeuvrant au sein de structures associées aux RS; d’autre part, les individus bénéficiaires de l’une ou l’autre de ces structures d’urgence sociale. Ces différents acteurs, ainsi rassemblés en séances mensuelles, échangent pendant plus de deux heures avis, témoignages, informations, encouragements, reproches, plaisanteries, etc.

Cela, dans quels buts ; et avec quels effets ? Diluée ces dernières années dans l’incantation à la participation et l’institutionnalisation galopante de celle-ci, la question des motifs et conséquences d’une mobilisation régulière en table ronde des responsables et de leurs administrés n’en conserve pas moins son intérêt (Blondiaux & Sintomer, 2002).

Il est ici bien sûr difficile d’évaluer la mesure dans laquelle l’activité des « Espaces Dialogue » apporterait une plus-value fonctionnelle à l’action d’urgence sociale organisée dans chacune de ces villes. Nous traiterons alors d’un autre objectif, plus explicitement assigné à une « participation des usagers », s’épuisant quant à lui dans la tenue de rencontres régulières et dans la pure possibilité d’une prise de parole des exclus sur l’espace public.

Plus directement « social » que « politique » ou « gestionnaire » (Bacqué & Sintomer, 1999 : 124), cet enjeu procède peut-être moins de la recherche d’une parole experte chez la personne démunie que de la présomption d’« un besoin pour lui ou elle de s’exprimer », d’être écouté, et de la « dignité » qu’il/elle y retrouve.

Mots clés :

Recherche-action, Habitat durable, Intelligence collective

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