La « solidarité de responsabilisation » : une nouvelle manière de penser l’Aide sociale ?
Année : 2016
Thème : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Auteur(s) :
AVANZO Sébastien (Belgique) – savanzo@ulb.ac.be
Résumé :
En Belgique, le système de l’Aide sociale fait office de dernier rempart institutionnel contre la pauvreté. Il a connu de profondes transformations au début des années 2000, période au cours de laquelle la Belgique a connu un changement de paradigme qui s’illustre par le passage à un nouveau modèle d’Etat appelé « Etat social actif ». Ce dernier a eu des effets importants au niveau de l’Aide sociale. Ceux-ci sont dus à l’émergence de nouveaux principes parmi lesquels l’activation fait office de figure centrale. Elle fut proclamée en 2002 lors de l’instauration du Droit à l’Intégration Sociale qui suppose désormais que l’octroi d’un revenu minimum pour les bénéficiaires de l’Aide sociale n’est plus suffisant. Il est également et surtout nécessaire de les activer, cette activation reposant principalement sur la recherche d’un emploi. L’activation va de pair avec le principe de responsabilisation des individus qui doivent à présent tout faire pour contribuer à la société. Cette nouvelle exigence marque un tournant. Auparavant, on estimait que l’Etat avait l’obligation d’intégrer toute personne à la société. Dès lors, lorsqu’une personne se trouvait exclue, la responsabilité de l’Etat était engagée puisqu’il avait manqué à ses devoirs. A présent, cette situation de non-intégration est imputable à l’individu dont on considérera qui n’aura pas fait tout pour l’éviter. Chaque individu doit donc gérer sa propre vie, « travailler sur soi » (Vrancken, 2007, p. 43) pour limiter les risques qui se dressent face à lui. En d’autres termes, les personnes les plus fragilisées ont aujourd’hui un devoir d’intégration alors que celle-ci constituait un droit auparavant (Bonvin & Moachon, 2005). L’émergence de la responsabilité de l’individu coïncide avec la montée en puissance de la notion de vulnérabilité et ce, que ce soit dans les débats académiques ou en tant que catégorie administrative au nom de laquelle les registres de l’action publique se déploient. Pour Martucelli (2015), la vulnérabilité désigne en ce sens une expérience humaine à la fois universelle et commune d’être exposé à une blessure. C’est dans la mobilisation de la commune potentialité à être blessé que l’on peut trouver l’explication de ce basculement de la responsabilité. Puisque nous sommes tous vulnérables mais que seuls certains d’entre nous sont effectivement blessés, c’est qu’ils le sont en raison de leurs caractéristiques individuelles. On estime alors que leur responsabilité peut être engagée dès lors qu’ils n’auraient pas tout fait pour éviter l’avènement du risque. La vulnérabilité a donc favorisé l’émergence d’une nouvelle forme de solidarité, la « solidarité de responsabilisation » (Soulet, 2005). Celle-ci invite les individus à ne pas s’exposer aux situations vulnérabilisantes ainsi qu’à faire en sorte de prévenir leur émergence. Les individus y sont donc vus comme des acteurs et promoteurs de leur propre protection. En ce sens, l’individu ne peut plus être passif face au risque mais doit y répondre activement et le rôle de l’action publique consiste par conséquent à lui donner les moyens pour y faire face.
Partant de ce constat, cette communication, issue d’une recherche doctorale, a pour objectif d’interroger la manière dont cette nouvelle forme de solidarité, fondée sur la notion de vulnérabilité a modifié le système belge de l’aide sociale. Pour y parvenir, nous nous focaliserons sur l’un des principaux outils dont disposent les Centres Publics d’Action Sociale - les organismes publics présents dans chaque commune qui appliquent les dispositifs liés à l’aide sociale -, à savoir une mesure de mise au travail appelée « article 60 ». Nous tenterons de voir dans quelle mesure l’émergence de la vulnérabilité et sa prise en compte dans le dispositif a modifié son utilisation. Pour ce faire, nous nous appuierons sur des entretiens menés auprès de travailleurs sociaux et de bénéficiaires de l’article 60.
Mots clés :
Solidarité, Responsabilité, Activation sociale
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