L'aide aux exilés, déboutés du droit d'asile.

Année : 2016

Thème : Ethnographie d'un système local d’intervention sociale.

Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Auteur(s) :

BALLIERE Frederic (France) – frederic_balliere@hotmail.com

Résumé :

Depuis 2010, aux portes de l’espace Schengen, se noue sous nos yeux le drame de « la crise des migrants ». Les mouvements de population observés depuis plusieurs années inaugurent l’un des plus importants déplacements de réfugiés que le monde ait connu depuis la Seconde Guerre Mondiale. Lorsqu’elles parviennent jusqu’en France, seule une petite partie de ces personnes accède au statut de réfugié. Les autres, 72 % des demandeurs en 2015, basculent dans l’irrégularité à l’issue de leur procédure.
Pour ces personnes, commence alors un parcours d’irrégularité pouvant durer plusieurs années. Vivant une citoyenneté restreinte, caractérisée par une limitation des droits sociaux et civiques, elles demeurent par ailleurs sous la menace d’une arrestation et d’une reconduite dans leur pays d’origine. En raison de cette précarité juridique, les travailleurs sociaux exerçant dans les structures d'hébergement social sont confrontés à des difficultés pour construire avec elles un projet d’intégration. Dépourvus des ressources légales sur lesquelles fonder leur action (Dugue, Malochet et Nivolle, 2011), ils font alors l’expérience d’une intervention dans la précarité durable (Giulliani, 2013) dont l’enjeu consiste à accompagner une expérience de vie faite d’attente et d’incertitude quant à l’avenir. Face à ces difficultés, l' intervention sociale auprès de cette population se reconfigure alors, à l’échelle du territoire, en intégrant des acteurs venus d'horizons différents (Militants, organisations religieuses ou caritatives).
Le travail de recherche présenté dans le cadre de ce congrès est issu d'une thèse en cours consacrée à l'émergence d’un système local d’intervention sociale auprès d’une population exilée sans-papiers. Les matériaux recueillis sont des entretiens (n= 39) conduits avec des personnes déboutées du droit d'asile, des militants, ainsi que des travailleurs sociaux exerçant dans les structures qui accueillent cette population. A cela, s'ajoutent des observations des pratiques militantes et professionnelles réalisées dans des permanences d'accès aux droits des étrangers.
Nos premiers résultats rendent compte d’une certaine plasticité de ce système local d’intervention sociale. Celui-ci repose sur un agencement d’acteurs formels et non formels et se trouve caractérisé par une absence de gouvernance. L’échelle locale réduite et la thématique resserrée sur laquelle il porte produisent, en son sein, un niveau d’interconnaissance élevé. Grâce à la diversité des acteurs qui y participent (travailleurs sociaux, militants et bénévoles), il propose des modes d’intervention multiples (individuels, communautaires ou politiques) qui sont alternativement activés par les exilés déboutés du droit d’asile, en fonction des difficultés qui se posent à eux dans leurs parcours d’accès aux droits. Ces premiers résultats nous amènent à réinterroger les formes instituées du travail social, dans leur articulation aux interventions sociales plus « profanes ». In fine, cette configuration de protection sociale nouvelle, qui se déploie en partie dans l’angle mort des politiques publiques, tend à déplacer les frontières du travail social auprès des exilés et à instituer, dans la population concernée, une forme de citoyenneté sociale résiduelle.

Mots clés :

Action collective, Solidarité, Intégration

← Retour à la liste des articles