Une planification stratégique participative :
expérience prometteuse de solidarités multiples
Année : 2016
Thème : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Auteur(s) :
MATTA Houwayda (Liban) – houwayda.bouramia@usj.edu.lb
Hijazi Madeleine (Liban) – madeleine-hijazi@hotmail.com
Résumé :
Dans différentes problématiques sociales et socioéducatives, la relation famille-institution semble être marquée par une rivalité et des expériences difficiles de rencontre (André-Fustier, 2001, Segers-Laurent, 2013), puisqu’elle engage deux systèmes véhiculant des logiques et des équations différentes (Grange-Ségéral, 2012 ; Segers-Laurent, 2013). Des disqualifications mutuelles risquent de prévaloir, reléguant les familles à la périphérie du dispositif de prise en charge perçu alors comme un danger pour l’enfant et une attaque à la fonction parentale (André-Fustier, 2001, Bardeau-Garneret, 2007). Le jeune se trouve ainsi coincé entre ces deux références et surtout pris par un conflit de loyauté (Segers-Laurent, 2013).
Dès lors, l’entière actualisation du partenariat reconnu comme une panacée pour un meilleur service au jeune, interpelle davantage l’acteur institutionnel appelé à reconnaitre et à affirmer une place légitime aux parents en tant que partenaires à part entière dans les processus institutionnels concernant leur jeune (André-Fustier, 2001; Petitot et Deswaene, 2001).
Adhérant à cette mission, une institution sociale libanaise, offrant des services polyvalents aux jeunes et familles en difficulté, s’est proposée dans le cadre d’un projet de restructuration d’instaurer une nouvelle Unité d’accueil et de support aux familles. Tenant à fonder l’élaboration du plan stratégique de l’éventuelle structure sur l’implication profonde des familles, cette institution sollicite l’École libanaise de formation sociale comme établissement de formation et de recherche pour l’appuyer dans sa démarche.
Une approche de recherche participative fut alors privilégiée (Mayer et al., 2000) impliquant les intervenants du terrain dans toutes les étapes du processus. Deux temps forts marquent cette démarche. Il est d’abord question d’une analyse stratégique basée sur l’étude des besoins des parents visant à « comprendre quel regard la famille [a] sur l’institution, comment elle [s’approprie] ce milieu, [et] les éléments qui [composent] le décor de cette relation en construction » (Schnegg, 2012 : 57). Vient ensuite une mobilisation collective des intervenants et des cadres professionnels de l’institution pour proposer, dans le cadre d’un forum communautaire, les différentes composantes du plan escompté en tenant compte de la totalité des besoins issus des familles.
Plusieurs types de solidarités émergent de cette expérience. Nous évoquons en premier lieu la solidarité université-terrain favorisant la consolidation des capacités institutionnelles en termes de recherche et de planification stratégique. Il s’agit également d’une solidarité intra institutionnelle transformant les différents acteurs institutionnels, participant étroitement l’élaboration du plan stratégique, en tuteurs enthousiastes de ce projet.
Toutefois, le niveau de solidarité le plus important se situe dans l’interface famille-institution. Invitées pour la première fois dans leur histoire à insuffler la politique institutionnelle, les familles connaissent une expérience particulière de valorisation et de reconnaissance. Quant aux professionnels, ils se sont trouvés auteurs d’une nouvelle approche institutionnelle qui attribue à l’aide proposée son plein sens en abordant les familles comme partenaires (Maestre, 2011).
Bien que prometteuse, cette expérience ne représente qu’un début de parcours plein de défis vers une « coresponsabilité » entière (Giroud, 2002 : 91). Cette dernière exige une triangulation jeune-famille-institution où la place et les attentes de chaque acteur sont constamment redéfinies (Petitot et Deswaene, 2001; Bardeau-Garneret, 2007) puisqu’un vrai espace de collaboration positive est toujours à créer et à gérer (André-Fustier, 2001).
Mots clés :
Ingénierie sociale, Partenariat, Participation, Coresponsabilité famille-institution
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