Aimer l’Autre, aider l’Autre : la conjugalité à l’épreuve de la fragilité et de la maladie chez les personnes âgées
Année : 2016
Thème : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Auteur(s) :
VAN PEVENAGE Isabelle (Canada) – isabelle.van.pevenage@umontreal.ca
Dauphinais Chloé (Canada) – chloedauphinais@gmail.com
DUPONT Didier (Canada) – didierdupont@fastmail.net
Résumé :
Contexte
De même que l’on observe des différences dans les modalités de se percevoir ou non en tant qu’aidant chez des enfants dans le rapport qu’ils entretiennent avec leurs parents âgés, il nous est apparu qu’il en allait de même pour des conjoints âgés lorsque l’un d’entre eux est amené à assister, au quotidien, un partenaire de vie affecté par la maladie et diminué dans ses capacités mentales et/ou physiques.
Cette ambivalence se rapporte à deux fondements du lien social: l’autonomie et la dépendance des acteurs impliqués dans ce type de relation, ambivalence d’autant plus prégnante au sein des couples âgés si l’on considère la durée plus longue des relations, ou encore l’expérience d’être « âgé ».
Cadre théorique
Cette recherche porte sur les contextes et conditions de la relation d’aide au sein des couples âgés, et vise à mieux documenter les motivations et circonstances qui amènent des personnes à faire le choix d’aider leur conjoint, en dépit des conséquences sur leur intégrité physique, mentale, relationnelle et affective.
En articulant approche constructiviste de l’identité et théories des solidarités familiales, nous cherchons aussi à comprendre comment se renégocient les identités des individus et les logiques relationnelles à l’œuvre au sein des couples âgés dans un contexte où le lien conjugal se voit menacé par l’occurrence de cette situation d’assistance/dépendance.
Méthodologie
Nos analyses sont conduites à partir de 30 entrevues semi-directives menées avec des personnes âgées de 65 ans et plus qui prennent soin d’un conjoint ayant besoin de soutien dans la vie quotidienne. Les entretiens sont traités selon une découpe thématique émergente. Il s’agit d’une approche compréhensive et inductive.
Analyses
Lorsqu’une situation d’aide au quotidien s’invite dans la vie des couples âgés, les identités s’en trouvent parfois fortement bousculées, confrontées, et vont avoir à se poser sur de nouvelles assises (désormais précaires).
Par ailleurs dans les discours, apparaissent des tensions entre une volonté de préserver l’autonomie (la sienne propre, mais aussi celle de l’Autre) et un mouvement qui ramène à l’Autre devenu vulnérable, « dépendant », un Autre pour lequel les participants se perçoivent souvent comme étant le dernier rempart face à la possibilité d’un « placement ».
Les participants s’interrogent également sur le sens de ce qu’ils vivent et ce, en continuité ou en rupture avec leur perception de leur trajectoire amoureuse ou biographique.
L’Autre, avec qui ont été partagés tant de référents identitaires, vacille désormais, menace de disparaître. Il s’agit alors d’apprendre à se renouveler sans (ou avec de moins de) cet Autre pour référence. Le « nous », le « soi » longtemps perçu qu’en cohabitation avec cet Autre, se dissémine et donc, à certains égards, aider l’Autre c’est parfois faire et refaire, jour après jour, le constat de cette fragmentation/fissuration du « nous » et de son inscription dans l’histoire. Le « soi », désormais, ne pourra plus que s’auto-porter.
Intérêts attendus pour la recherche
Si le lien de filiation est, de fait, pratiquement inaliénable, ce ne sont pas les mêmes logiques sociales, personnelles et relationnelles qui sont à l’œuvre dans les relations conjugales. Contrairement à la relation filiale, celle-ci peut se dissoudre à tout moment. Elle s’en trouve donc de fait plus « fragilisée ».
Aussi, si les questions autour de la fragilité du lien conjugal et ses conséquences sont largement débattues dans la littérature scientifique, il est frappant de constater combien les couples âgés n’y sont pas ou peu considérés.
Enfin, en termes d’intervention, une meilleure compréhension des logiques à l’œuvre au sein des couples âgés permettra de sensibiliser et former les intervenants afin que ces derniers puissent apporter un soutien plus en adéquation avec l’expérience et les situations vécues par les conjoints « bousculés » par le temps et par la maladie.
Mots clés :
Autonomie, Solidarité, Analyse de discours
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