Responsabilité citoyenne des bénévoles : tensions entre engagement libre et contraint
Année : 2016
Thème : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Auteur(s) :
BÉDARD-LESSARD Jordan (Canada) – Jordan.Bedard-Lessard@USherbrooke.ca
Beaulieu Marie (Canada) – marie.beaulieu@usherbrooke.ca
Résumé :
La Stratégie gouvernementale en action bénévole 2016-2022 du Québec positionne l’action bénévole « de façon distincte et autonome en complément de l’action des milieux professionnels » (Ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, 2016, 4). Cette définition met en exergue la tension entre l’engagement à la fois libre et contraint des bénévoles quant à leur responsabilité à titre de partenaires des milieux professionnels. D’une part, elle pose l’action bénévole hors du champ de l’activité professionnelle. Ce qui l’apparente à sa forme traditionnelle, soit celle du don, qui consiste en « toute prestation de bien ou de service effectuée, sans garantie de retour, en vue de créer, nourrir ou recréer le lien social entre les personnes » (Godbout, 1992, 29). Par contre, elle situe l’action bénévole en complément à l’action des milieux professionnels, accentuant « son intégration aux services publics comme partenaire ou auxiliaire, ce qui lui fait perdre son autonomie et réduit son action à sa dimension instrumentale » (Gagnon et Sévigny, 2000, 529).
La présente communication vise à explorer les enjeux de la complémentarité de l’action bénévole aux milieux professionnels. Nous saisirons les répercussions d’une telle intégration sur les solidarités à partir d’expériences concrètes dans le secteur de la lutte contre la maltraitance matérielle et financière envers les personnes aînées. Il s’agit d’un secteur où divers organismes à but non lucratif (OBNL) mobilisent des bénévoles afin d’appuyer leur mission (Ministère de la Famille et des Aînés, 2010). Nous comprendrons que l’action bénévole, vue comme un gage de capital social (Beaulieu, D’Amours et Crevier, 2013), l’amène par ces mécanismes d’intégration à ressembler de plus en plus à un travail (Gagnon et Sévigny, 2000). Dans le contexte actuel de désengagement de l’État dans l’espace social (Robichaud, 2003), les bénévoles se retrouvent parfois à assumer des rôles qui entrent en contradiction avec les principes de liberté et de souplesse sur lesquels reposent l’action bénévole (Sévigny et Frappier, 2010).
Les résultats préliminaires ici communiqués sont tirés d’une analyse secondaire des données du projet de recherche sur L’action bénévole dans la lutte contre la maltraitance matérielle et financière envers les personnes aînées (ABAM-MF). Le projet ABAM-MF (2015 à 2018) est mené par la Chaire de recherche sur la maltraitance envers les personnes aînées et financé par le Conseil de recherche en sciences humaines du Canada (CRSH). Des études de cas auprès de cinq OBNL canadiens dédiés à la lutte contre la maltraitance envers les personnes aînées permettent de dégager les enjeux liés à la responsabilité citoyenne des bénévoles. L’analyse secondaire se fonde sur une recension des écrits scientifiques, une analyse documentaire organisationnelle et des questionnaires sociodémographiques. À ce corpus s’additionnent 49 entretiens semi-dirigés réalisés pour un total de 62 participants (21 administrateurs, 7 coordonnateurs, 3 intervenants, 20 bénévoles et 11 aînés). Une analyse thématique des entretiens (Paillé et Mucchielli, 2008) permet de dégager de riches réflexions sur les enjeux de l'action bénévole et de leurs impacts sur les solidarités.
Dans le secteur de la lutte contre la maltraitance matérielle et financière envers les aînés, les résultats révèlent que certains bénévoles se trouvent au centre de dilemmes qui remettent en cause les bienfaits de leur engagement. D’un côté, ils œuvrent auprès d’organismes au sein de leur communauté par conviction, multipliant les responsabilités qu’ils endossent pour contrebalancer le manque de ressources humaines et financières, ce qui réduit la souplesse de leur engagement. En retour, ils hésitent à délaisser cet engagement par soucis de solidarité, puisqu’ils appréhendent les effets négatifs de leur retrait sur la portée de l’organisme dans leur communauté.
Mots clés :
Action communautaire, Professionnalisation, Solidarité
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