Quelle cohabitation dans l’espace public avec des personnes pratiquant la mendicité à Genève ?
Année : 2016
Thème : Reconfigurations des solidarités suite à l’adoption d’une loi anti-mendicité
Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Auteur(s) :
COLOMBO Annamaria (Suisse) – annamaria.colombo@hefr.ch
REYNAUD CAROLINE (Suisse) – caroline.reynaud@hefr.ch
De Coulon Giada (Suisse)
Résumé :
A partir d’une étude portant sur l’adoption d’une loi anti-mendicité à Genève (Suisse), cette communication analyse les reconfigurations des (dé)solidarités entre des populations marginalisées et d’autres citoyens avec qui elles cohabitent dans l’espace public.
En effet, en 2008, une loi restaurant l’interdiction de mendier est entrée en vigueur dans le canton de Genève. Sur la base de l’étude que nous avons menée entre 2013 et 2015, nous proposons de comprendre cette mesure comme un moyen de réguler la cohabitation urbaine avec des populations marginalisées dans l’espace public. La recherche menée articule deux volets. Le premier a consisté à recenser et analyser l’ensemble des objets parlementaires produits dans le cadre du Grand Conseil genevois liés à la question de la mendicité entre 2002 et 2014. Le deuxième a permis la réalisation d’entretiens avec des personnes pratiquant la mendicité à Genève. Une même grille d’analyse a été mobilisée pour étudier ces deux types de discours. Celle-ci est fondée sur la grille d’analyse transdisciplinaires des pratiques sociales développée par Karsz (2004) et les travaux de Parazelli et Colombo (2016) à sa suite et elle permet de mettre en évidence trois registres dans lesquels s’expriment les représentations : un niveau cognitif lié à la description de la mendicité, des types de pratiques, des causes et des effets ; un niveau éthique qui saisit en quoi et à partir de quelles valeurs la pratique est jugée plus ou moins problématique ; un niveau politique qui identifie comment les acteurs se positionnent et légitiment des modes d’intervention par rapport à un problème.
A partir des résultats de cette étude, en particulier du deuxième volet, cette communication propose une réflexion sur la façon dont les solidarités se recomposent dans l’espace public aujourd’hui. En effet, l’analyse du cas de l’adoption de cette loi à Genève révèle une tension entre différentes représentations de l’espace public, qui ne sont pas sans influencer les modalités de cohabitation et les solidarités qui s’y déploient.
Notre analyse des débats parlementaires fait ressortir la prépondérance d’une représentation de l’espace public comme un lieu fonctionnel devant assurer sécurité, propreté et tranquillité. Une distinction ressort entre une mendicité considérée comme vraie, locale et « méritante » et une mendicité étrangère, simulée et menaçant l’ordre public qui légitime un traitement différencié à l’égard de ces populations. Cette distinction questionne les logiques de solidarités encore trop souvent liées à une forme de catégorisation des publics.
Or, les reconfigurations des solidarités qui ressortent des discours des personnes qui pratiquent la mendicité renvoient davantage à une représentation de l’espace public comme un lieu de cohabitation démocratique et de défense de la citoyenneté (Blomley, 2012). En effet, malgré le caractère honteux associé à la mendicité, l’analyse montre que ces personnes recourent à cette pratique parce qu’elles y voient un potentiel de reconnaissance sociale, une manière de s’approprier une place au sein de la société. C’est pourquoi la loi n’a pas eu pour effet de faire disparaître la mendicité ; elle a toutefois renforcé la précarité des personnes qui la pratiquent.
Mots clés :
Vivre ensemble, Solidarité, Usager
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