Les cadres de l’expérience politique du Logement d’abord: une évaluation « par le bas » ?
Année : 2016
Thème : Compte-rendu d’une recherche-terrain menée auprès d’acteurs publics œuvrant en itinérance dans deux villes canadiennes.
Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Auteur(s) :
Namian Dahlia (Canada) – dahlia.namian@uottawa.ca
BOUCHER GUEVREMONT Sarah (Canada) – sbguevremont@otstcfq.org
Résumé :
La croissance et la complexification du phénomène de l’itinérance dans de nombreuses villes nord-américaines et européennes, depuis les vingt dernières années, enjoignent de plus en plus de gouvernements à mettre sur pied de nouvelles mesures pour répondre au problème (Gaezt et coll, 2013 ; Choppin et Gardella, 2013). Depuis quelques années, la définition du problème public de l’itinérance s’établit autour du «Logement d’abord » (Housing first): un programme de politique publique qui prend racine, au début des années 1990, aux États-Unis et qui s’est diffusé, à partir du milieu des années 2000, dans plusieurs pays, dont le Canada. Étant au cœur de la stratégie d’investissement du gouvernement fédéral canadien, plusieurs villes et collectivités locales ont été enjointes à mettre en œuvre un plan d’action misant sur le Logement d’abord; entraînant dans la foulée des changements significatifs pour les acteurs locaux œuvrant dans le domaine de l’itinérance. Or, si le Logement d’abord connaît un succès sur la scène politique, l’expérience qu’en font les acteurs locaux demeure quant à elle plus nuancée et tend à varier selon le contexte et dans le temps. À cet égard, plusieurs recherches ont été menées sur le Logement d’abord pour évaluer son efficacité et par le fait même, consentir son implantation. Néanmoins, elles manquent d’en faire une évaluation « par le bas », soit d’interroger l’expérience qu’en font les acteurs chargés de la mettre en place au niveau local et quotidien afin de mettre à jour les diverses modalités de réception (appropriation, résistances, modification, etc.) depuis sa diffusion et son implantation (Lascoumes et Legalès, 2012). A partir d’une recherche de terrain menée (à l’aide d’entretiens semi-directifs et d’observation participante) dans deux villes canadiennes (Gatineau et Ottawa), et en situant théoriquement les résultats au sein d’un modèle d’analyse interactionniste et constructiviste des politiques publiques, nous proposerons pour cette communication une analyse des « cadres de l’expérience » (Goffman, 1991) de la politique du Logement d’abord vécue par différentes catégories d'acteurs publics (publics provinciaux et municipaux, les professionnels du secteur socio-sanitaire et du milieu communautaire, les refuges et les personnes sans-abri) concernés par le problème social de l’itinérance. De même, cette analyse permet de prendre la mesure de la tendance actuelle à la transnationalisation de l’action publique (Hassenteufel, 2011) dans un contexte de diffusion, de transfert et de convergence croissante des politiques publiques, en cherchant à comprendre ses effets sur les solidarités locales et le travail de proximité des intervenants qui font face à des tensions parfois contradictoires avec les demandes et besoins de populations vulnérables (Alden, 2015; Dubois, 2012; Evans, Harris, 2004). Enfin, l’objectif général de cette analyse consiste à réfléchir aux enjeux qui traversent la mise en œuvre des politiques publiques dans un contexte de refonte de l’État et auxquels sont confrontés les multiples acteurs sociaux concernés par le problème social de l’itinérance.
Mots clés :
Politique publique, Pauvreté, Territorialisation
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