Plaidoyer pour une formation humanisante du travail social: pour des pratiques restauratrices de sens.
Année : 2010
Thème : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Auteur(s) :
GENEST DUFAULT Sacha (Canada) – sacha_genest-dufault@uqar.ca
BÉLANGER Eve (Canada) – eve_belanger@uqar.ca
Résumé :
Une complexification des logiques sociales se remarque depuis le début du 20ème siècle et ce, en lien avec le passage d’une société industrielle à une société moderne. C’est d’un réel alourdissement du social dont il est question alors avec l’avènement de problématiques de grande pauvreté, d’insalubrité, d’urbanisation, etc. Devant le poids de ces réalités, une réponse aussi imposante s’observe à travers l’évolution des pratiques en travail social des années 1900 à 2010. Ainsi, de la période confessionnelle, où les organisations religieuses assumaient la dispensation des services sociaux et de santé, on passe à une période de professionnalisation de la discipline. Des services sociaux traditionnels, fondés sur des principes d’entraide et de charité chrétienne, on passe à des services laïcs, reposant sur des assises scientifiques. C’est l’époque de la spécialisation de la discipline selon les champs de pratique en émergence (ex. : familial, hospitalier). Avec la réforme des affaires sociales, on assiste à un courant d’institutionnalisation, de bureaucratisation et d’étatisation. Les individus s’adressent de moins en moins à des praticiens et davantage à des établissements. Les praticiens deviennent des éléments parmi d’autres dans un vaste système et sont plus que jamais des agents d’un État interventionniste (Groulx, 2008). À la suite d’une nouvelle période de récession économique, le modèle de l’État-providence est en crise (Esping-Andersen, 1996). Cette ère de désinstitutionalisation implique un retrait de l’État dans bien des sphères de la pratique sociale. Cet État-partenaire présente une culture institutionnelle, mais une offre de services rationalisée, doublée d’une volonté de laisser un espace de réappropriation collectif des problématiques sociales (Lesemann, 2000; Mayer, 2002).
En somme, bien que cette évolution du travail social soit bénéfique, notamment dans une meilleure adéquation entre les besoins et les services offerts, un effet pervers subsiste. Au tournant du 21ème siècle, l’organisation des services est dans une période de transition importante, d’impasse (Mayer, 2002). Ce qui est caractérisé par un risque de déshumanisation de la pratique. Cette crise de sens implique différents enjeux : une standardisation (ex. : cadres normatifs divers), une technocratisation (ex. : informatisation), une rationalisation (ex. : coupures d’effectifs) et une approche fondée sur une logique de la preuve (ex. : données probantes).
Ce contexte organisationnel pose des défis pour la formation. Comment amener les futurs intervenants à développer l’esprit critique? Comment les aider à adopter une posture réflexive? Comment les accompagner à penser leur développement professionnel?
Dans le cadre du programme de formation initiale en travail social à l’Université du Québec à Rimouski, particulièrement durant les stages pratiques, ces enjeux sont adressés à travers une pédagogie s’appuyant sur des fondements réflexifs et critiques (Schön, 1996). Cette approche et certains moyens développés feront l’objet de la présente communication. Ainsi, le portfolio de développement professionnel est utilisé. Cela s’inscrit dans une visée cognitive et constructiviste de la formation où l’on reconnaît la valeur de l’engagement des sujets dans la construction de leurs apprentissages. Les étudiants consignent leurs acquis et réflexions critiques dans un même support matériel, facilitant les boucles de réflexivité et agissant comme un véritable restaurateur de sens (Genest-Dufault et Bélanger, 2010). Un autre médium prend la forme d’un plan de perfectionnement qui vise à réfléchir sur les perspectives de développement (aspects à consolider, moyens anticipés) que les étudiants entrevoient comme futurs intervenants. Enfin, le groupe de codéveloppement professionnel est un autre moyen mis de l’avant en vue de faciliter la création et l’expérimentation d’une structure de soutien et d’aide mutuelle entre pairs (Payette et Champagne, 2010).
Mots clés :
Formation, Savoir être, Quête du sens, Humanisation
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