Figures d’usagers et démarches évaluatives :
le cas de la protection de l’enfance en France et au Québec
Année : 2016
Thème : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Auteur(s) :
ROUZEAU Marc (France) – marcrouzeau7@gmail.com
Résumé :
A partir des années 1980, les préoccupations sociales se diffusent dans les différents segments de la société au point que, progressivement, les frontières entre éducation, action sociale et soins pour partie s’estompent (Ballain, 2005, Palier, 2014). Parallèlement, les stratégies d’intervention qui se territorialisent peinent à s’adapter à une demande sociale s’exprimant souvent sous des formes paradoxales : la société attend des praticiens du social qu’ils mettent en œuvre des dispositifs sécurisés et harmonisés, s’appuyant sur des référentiels ayant fait leur preuve et, dans le même temps, chacun entend bénéficier d’accompagnements personnalisés, originaux, spécifiques et construits sur mesure (Jaeger, 2011). La légitimité des établissements et services sociaux et médico-sociaux s’en trouve questionnée et les modes de faire des acteurs du travail social font l’objet d’appréciations critiques de plus en plus explicites. Alors que les marges budgétaires se rétrécissent, la convergence entre ces mouvements -solidarisation de l'action publique, localisation des interventions sociales, remise en cause des positions acquises- convergent pour rendre incontournables l’objectivation et l’appréciation raisonnée des manières d’intervenir (Bouquet et al, 2007, Brousselle et al, 2009, Ridde et Dagenais, 2009). Dans ce cadre, quelle place occupe aujourd’hui la prise en compte des usagers ?
La première partie de notre communication revient sur les mutations de l’Etat social, sur les logiques expertes qui y concourent ainsi que sur le rôle qu’y tiennent les usagers. Ce cadrage mené en longue période permet d’appréhender le fait que, dans le cadre de l’Etat social actif qui s’installe, l’usager est désormais repéré comme « entrepreneur de soi » (Cantelli, Genard, 2007). Sa participation à la gestion des affaires qui le concernent est de plus en plus sollicitée (Daigneault 2012) pour aider à façonner la cohésion sociale, Rouzeau, 2016,). S’appuyant sur les observations de l’ANESM (2009, 2013) et sur une recherche franco-québécoise à laquelle nous participons depuis 2012 (Terrier et al., 2013, Turcotte et al., à paraitre) , la seconde partie s’intéresse, dans le secteur de la protection de l’enfance, au déploiement actuel des démarches évaluatives dans une vingtaine d’établissements en France et au Québec et aux outils qui visent à soutenir la participation des usagers.
A partir de ces matériaux, l’analyse cognitive que nous défendons met en lumière la co-habitation de quatre finalités évaluatives différentes et, toute à la fois, toutes légitimes. Celles-ci sont plus ou moins orientées vers la rationalisation du fonctionnement, la sécurisation des prises en charge, le développement de la démocratie interne ou encore la densification du projet. Nos conclusions soulignent alors que, dans un établissement ou un service donné, suivant les orientations évaluatives sous-jacentes, l’usager en protection de l’enfance se retrouve plus ou moins considéré comme un client-usager, un bénéficiaire-sujet clinique, un contributeur interne voire un acteur politique.
En définitive, s’intéressant avant tout donc au sens incorporé dans les démarches et outils évaluatifs, cette perspective rejoint la proposition de Roland Janvier (2015) qui encourage les intervenants et décideurs sociaux à davantage élucider « les rapports d’usage » qui se façonnent à l’occasion de la fabrique des solidarités et au travers des actes du travail social
Mots clés :
Evaluation, Participation, Usager
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