Distance ou proximité :
D’une neutralité bousculée…à une posture professionnelle engagée !
Année : 2017
Thème : Vers des solidarités "chaudes"
Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Auteur(s) :
VAN LAETHEM MARYLENE (Belgique) – marylene.vanlaethem@nouveausaintservais.org
Fournier Katja (Belgique) – kf@sdj.be
Résumé :
Au départ de ma pratique professionnelle, c’est-à-dire l’accompagnement de personnes migrantes, d'adultes ou de mineurs, au sein d’un service social de première ligne, la notion de solidarité est à interroger au travers de l’intervention sociale comme un point d’analyse des politiques sociales à l’œuvre au niveau de l’accueil des migrants en Belgique et en Europe.
Le thème du congrès « Solidarités en questions et en actes : quelles recompositions ? » m’interpelle au niveau des écarts induits dans le travail social. J’aimerais les aborder dans cette communication. Les écarts qui existent entre d’une part, les besoins et les attentes des migrants envers la collectivité, et indirectement le travail social et d’autre part, les réponses données par le monde des professionnels.
Cette communication aborde particulièrement la question de l’invitation des publics vulnérables faite aux intervenants sociaux à s’engager vers d’autres pratiques de terrain et de la difficulté pour les praticiens du social de les rejoindre dans des pratiques d’alliance et de solidarité en ce sens elle répond notamment à l’axe 2 avec les différentes questions suivantes : quelles solidarités apparaissent en baisse de légitimité aujourd’hui ? Qu’est-ce qui déclenche ou enclenche les élans de solidarité ? Comment le contexte de restriction budgétaire affecte-t-il les ressources investies dans différentes formes de solidarité ?
Approcher comment ces mondes en tension se rencontrent souvent difficilement, un peu comme si on avait affaire à une série de rendez-vous manqués ! Et surtout, j’aimerais illustrer comment les migrants appellent, tel un véritable cri d’urgence, à d’autres pratiques de terrain, comment ils nous invitent à nous détourner de nos habillages professionnels parfois trop ajustés et comment ils nous indiquent une voie d’intervention plus adaptée, plus « chaude ». Une voie aux marges de ce que l’on nous a appris dans les écoles sociales ou, plus fortement encore, dans la sphère professionnelle. Une voie qui ré-humanise nécessairement nos relations d’aide.
Cet apport s’appuie essentiellement sur la parole de témoins de la pratique professionnelle, à savoir les migrants que je rencontre ou le témoignage indirect d’autres praticiens du réseau d’accueil. J’ai recensé ces récits dans le cadre d’un travail de recherche en 2016 mené via un master « Santé mentale en contexte social : multiculturalité et précarité » à l’Université Catholique de Louvain-la-Neuve via le laboratoire d’anthropologie prospective. Je me réfère également à la coordination d’un projet de formation soutenu par le Fond européen des réfugiés en 2014 qui m’a permis de côtoyer tout le réseau d’accueil des mineurs étrangers non accompagnés (MENA) en Belgique. Depuis fin 2016, je participe à un nouveau projet de recherche-action autour de la mise en autonomie des Mena qui est coordonné par le Centre de Formation de la Fédération des CPAS wallons dans le cadre d’une Fondation européenne EPIM.
Depuis mon entrée dans la vie professionnelle, en passant par une première petite expérience dans un centre d’accueil pour demandeurs d’asile, un mouvement d’éducation permanente, un service d’accueil familial pour personnes handicapées, jusqu’à aujourd’hui le secteur de l’accueil des migrants où je travaille depuis une quinzaine d’années, une préoccupation centrale me taraude : celle des limites et de la distance professionnelle. D’où la notion de solidarité « chaude » à explorer.
Pour ma part, ce sont plus particulièrement les migrants qui sont venus me titiller inlassablement sur cette question-là. Et c’est ce questionnement que je souhaite aborder dans cette communication au départ d’une part, de plusieurs témoignages, et d’autre part, de petites phrases et « de regards qui en disent long » qui m’ont été livrés au fil de ma pratique.
Mots clés :
Lien social, Interculturel, Solidarité de proximité
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