Le placement de l’enfant dans le cadre de mesures de protection : des enjeux sur le plan de la reconnaissance solidaire des mères biologiques
Année : 2017
Thème : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Auteur(s) :
NOEL Julie (Canada) – julie.noel4@usherbrooke.ca
Résumé :
La situation de vulnérabilité des parents maltraitants, notamment leur précarité économique, est largement documentée (Dowd, Mclaughlin et Rioux, 2013). En effet, le placement de l’enfant survient à la suite d’une série d’évènements et de difficultés vécus par les parents (Noël, 2014). D’ailleurs, plusieurs études montrent que ces parents présentent des difficultés importantes qui ont mené au placement de leur enfant (pauvreté, consommation de drogues et d'alcool, problèmes de santé physique et mentale, violence conjugale) (Dowd, Mclaughlin et Rioux, 2013, Fargion, 2014). Si d’une part, la solidarité au sein des sociétés modernes se manifeste généralement autour des personnes ou des groupes les plus vulnérables (Zaoui, 2004), on remarque, d’autre part, que peu de groupes sont aussi stigmatisés ou blâmés que celui des parents accusés d’avoir négligé leur enfant, d’en abuser ou de ne pas les protéger contre les abus commis par autrui (Callahan et Lumb, 1995). Qu’en est-il alors de cette solidarité lorsque la vulnérabilité d’une population ne semble pas reconnue comme cela s’avère être le cas pour les parents dits maltraitants?
Le placement de l’enfant par les services de protection de l’enfance est un évènement qui risque de fragiliser le tissu social entourant la mère biologique. Cette expérience dans la trajectoire des mères est susceptible d’affecter les trois sphères de reconnaissance sociale (affective, juridique et solidaire) inhérentes à la théorie développée par Honneth (2002). On sait, entre autres que sur le plan affectif, les contacts avec leurs enfants sont limités et que certaines vivent le rejet de leurs proches (Sécher, 2010). Sur le plan juridique, on constate que leurs droits parentaux sont balisés, voire limités, alors que sur le plan social ces mères peuvent perdre une forme de reconnaissance importante : la maternité (Sellenet, 2008). La stigmatisation engendrée par le placement de l’enfant prend différentes formes. À titre d’exemple, des mères peuvent recevoir des propos méprisants du voisinage (Noël, 2014). Pour éviter le mépris, certaines cachent le fait d’avoir un enfant placé par les services de protection de l’enfance (Ellingsen, 2007). De façon plus sournoise, la stigmatisation intériorisée entraine un sentiment de honte limitant les interactions sociales (Noël, 2014). Ces expériences négatives suivant le placement de l’enfant entravent la capacité des mères à jouer un rôle social positif, puisque l’individu doit expérimenter et acquérir des expériences positives à travers les différentes formes de reconnaissance pour participer à la vie démocratique (Honneth, 2015). Si les résultats d’études récentes montrent une variété d’obstacles susceptibles d’entrainer l’affaiblissement des liens sociaux, on observe aussi, à travers les écrits, des pistes et des situations qui semblent les favoriser ou les préserver : un conjoint ou des proches soutenants (Noël, 2014), une relation intervenant-client favorisant la collaboration (De Boer et Coady, 2007; Dumbrill, 2006), l’accès à un travail valorisant (Sécher, 2010).
La communication sera basée sur les résultats préliminaires d’une thèse de doctorat, portant sur les processus freinant ou favorisant la reconnaissance sociale des mères dont l’enfant est placé jusqu’à sa majorité en vertu de la Loi sur la protection de la jeunesse (LPJ). À partir de récits de vie thématiques réalisés auprès de mères, la présentation focalisera sur les expériences de reconnaissance et de non-reconnaissance vécues par ces mères au cours de la trajectoire de placement.
Mots clés :
Enjeux, Femmes, Solidarité, Protection de l'enfance
Mères biologiques
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