L’outil relationnel du travailleur social : le lien humain bienveillant et cadré.
Année : 2017
Thème : Proposition retravaillée.
Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Auteur(s) :
FAGNY Manuel (Belgique) – mfagny@hotmail.com
Résumé :
L’outil relationnel du travailleur social : le lien humain bienveillant et cadré.
La solidarité envers des individus ou des communautés passe généralement par un soutien matériel, administratif et parfois financier. Bien sûr, toute démarche de solidarité s’appuie sur des bases logistiques et un cadre idéologique, institutionnel, déontologique et légal. Mais il est fondamental de rappeler et de souligner à quel point la solidarité est aussi et avant tout un acte relationnel où un être humain s’intéresse à un autre et s’en préoccupe. Cette rencontre singulière est davantage qu’un paramètre de l’action solidaire : elle en est, d’après moi, la clé essentielle.
Mes recherches s’appuient d’une part sur mon expérience de psychologue en institutions (notamment dans une prison et dans un service de santé mentale situé dans un quartier défavorisé à Bruxelles), et d’autre part sur mon travail d’enseignant auprès de futurs assistants sociaux.
L’intervention sociale, quelle qu’elle soit, constitue d’abord un engagement d’une personne auprès d’une autre personne. Ce qui peut aider et faire soin pour l’autre, c’est ce que je propose d’appeler le « lien humain bienveillant et cadré » (ce concept s’appuie notamment sur les théories de W. Bion sur la « fonction alpha », celles de D. Winnicott sur le « holding », de même que sur plusieurs études scientifiques qui mentionnent l’importance de l’alliance thérapeutique dans toute démarche de soin).
Il est en effet question de « lien humain bienveillant » dans le travail social : deux individus sont émotionnellement engagés dans la poursuite d’un objectif souvent commun. Il s’agit donc d’une intervention douée d’humanité et de respect, où la personnalité (et donc l’histoire individuelle) de chacun des protagonistes est complètement impliquée. Ainsi, aucun robot, aussi perfectionné soit-il, ni aucune procédure standardisée, ne pourra remplacer efficacement le rapport humain constitutif de toute intervention sociale.
Mais ce lien travailleur-usager est bien entendu « cadré », c’est-à-dire qu’il s’inscrit dans un savoir-faire et un savoir-être dont les contours sont définis par l’institution qui emploie, par le bon sens et l’usage professionnel, par les théories, la déontologie et les lois en vigueur. Ce cadre transforme donc le mouvement spontané de solidarité, de sympathie et d’empathie en une intervention professionnelle.
Ce qui soutient une personne en souffrance, c’est avant tout le fait d’exprimer ses émotions perturbantes, de les partager et de les faire ressentir à une autre personne qui doit les métaboliser et leur donner un sens dans l’intimité d’une rencontre singulière. Ce type d’aide représente l’un des fondements du travail psycho-médico-social en particulier, et donc de la solidarité humaine en général.
J’illustrerai mon propos par l’analyse d’une émeute à laquelle j’ai assisté dans le cadre de mon travail en prison. Cette émeute a précisément pris sa source dans une communication brutale, ni bienveillante ni cadrée, que la direction de la prison a faite à un détenu.
En outre, on ne peut envisager la formation des travailleurs sociaux sans accorder une place capitale à cette question des enjeux relationnels, ce qui passe nécessairement par une attention particulière au lien enseignant-étudiant. A titre d’exemple, je raconterai comment, suite aux récents attentats de Bruxelles, la discussion et l’élaboration commune avec les étudiants, de manière bienveillante et cadrée, a été nécessaire pour dépasser collectivement le traumatisme.
Les mouvements de solidarités collectives que l’on impulse prennent en partie leur source dans les solidarités individuelles dont on a bénéficié préalablement. En d’autres termes, « recevoir » apprend à « donner ». Tel un effet domino, la solidarité n’émerge-t-elle pas toujours, quelque part, d’un lien humain antérieur ?
Mots clés :
Intervention sociale et travail social, Savoir être, Co-construction
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