Les dirigeants de SIAE confrontés à un enjeu de reconnaissance
Année : 2017
Thème : proposition retravaillée
nouveau titre : Les dirigeants de SIAE, entre recomposition de leur conception de la solidarité et lutte pour la reconnaissance mutuelle
Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Auteur(s) :
BALZANI Bernard (France) – bernard.balzani@univ-lorraine.fr
Résumé :
Les dirigeants de SIAE, entre recomposition de leur conception de la solidarité et lutte pour la reconnaissance mutuelle
Depuis près de 40 ans, l’Insertion par l’Activité Economique (IAE) intervient auprès des publics en grandes difficultés d’insertion dans l’emploi au titre des politiques publiques de lutte contre le chômage (Balzani et ali., 2015a). Ces actions, multiples et prenant en compte à la fois la question du droit au travail et le traitement des problématiques sociales, véritables freins à l’accès au marché du travail, s’inscrivent pleinement dans une logique de solidarité avec les populations salariales en grande précarité (Ibid, 2015a). A ce titre, les dirigeants participent à la définition renouvelée de la solidarité au travers des actions développées ainsi que des organisations qu’ils mettent en œuvre dans les structures qu’ils dirigent.
Cette contribution s’appuie sur un travail de synthèse de plusieurs recherches en sociologie du travail, que je conduis depuis les années 2000 (thèse de doctorat et contrats nationaux et régionaux de recherche) et 2010 (direction de mémoire de master professionnel) ainsi que dans le cadre des actions du Réseau Inter-Universitaire de l’Economie Sociale et Solidaire (RIUESS). J’ai pu observer la recomposition des formes de solidarité au travers des mutations des structures de l’IAE, tant au plan de l’organisation que des projets développés et des recrutements des permanents de ces structures.
Concernant ces derniers, plus particulièrement ses dirigeants, les actions mises en place, les rapports récurrents avec les acteurs institutionnels et les élus locaux ont produit des tensions parfois difficiles à dépasser les rendant régulièrement impuissants face aux situations d’échec de l’insertion des bénéficiaires, face aux demandes/injonctions des financeurs et des tutelles sur leur modèle organisationnel, économique et l’efficacité de leurs actions en termes de retour ou d’accès à l’emploi mettant à mal leur conception de la solidarité à mettre en œuvre (Balzani et ali., 2015b). Ces « confrontations » sont intéressantes à analyser car elles traduisent un rapport à autrui qui produit des formes de mépris et entraine de la délégitimation, vis-à-vis desquels se met en place une lutte pour la reconnaissance mutuelle chez les dirigeants de SIAE. C’est en ce sens que le travail conceptuel de Honneth est essentiel à notre contribution au regard de la problématique générale du congrès portant sur les recompositions des formes de solidarité, car au travers de sa théorie de la lutte pour la reconnaissance (2000), il propose une grille de lecture possible des tensions organisationnelles et intersubjectives qui produisent cette impuissance que nous avons observée chez les dirigeants et sur les différents registres pour la reconnaissance de leur action qu’ils mettent en oeuvre. Cette approche permet d’analyser les transformations des liens sociaux en cours dans les SIAEs en réponse aux besoins de protection et de reconnaissance mutuelle de tous les acteurs concernés et qui génèrent différentes formes concrètes de solidarité sociale, économique et intersubjective à l’œuvre.
Les modèles qui se dégagent peuvent-ils être des réponses au besoin de régulation que l’évolution du capitalisme et ses formes d’organisation économico-politiques a produit et qui interdit les formes de reconnaissance mutuelle, au cœur de toute conception de la solidarité entre individus. Ma contribution a pour objectif de présenter les formes de mépris dont ils font l’objet, afin de caractériser au mieux les différentes formes de la lutte pour la reconnaissance, car il s’agit bien du développement d’une conscience de soi, comme forme de développement humain identitaire qui se construit dans le « miroir » de l’autre et qui n’est possible que « dans certaines conditions sociales de formes de respect mutuel, pour que les gens puissent intervenir dans le public sans crainte, sans douleur et sans contrainte (…) ».
Mots clés :
Solidarité de proximité, Tiers secteur, Vivre ensemble
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