L’esprit de solidarité peut-il être objet d'apprentissage pour les managers de l’action sociale ?
Année : 2017
Thème : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Auteur(s) :
TRUBERT Olivier (France) – otrubert@irtsnormandiecaen.fr
Résumé :
Psychologue travaillant dans le champ des formations au management, j’ai pu observer de près les tendances managériales à l’œuvre dans notre secteur, ainsi que leurs effets sur la dynamique des équipes de professionnels.
Le secteur social et médico-social français a entamé une transformation en profondeur ces dernières années, caractérisée par la responsabilisation des individus, l’évaluation des parcours d’accompagnement et la méthodologie de projet comme axe principal de l’accompagnement des usagers et comme colonne vertébrale du management des équipes, sous l’impulsion notamment de plusieurs réformes successives (cf. Bibliographie).
En terme managérial, cette logique de professionnalisation renvoie aux sources étymologiques du management, à savoir maneggiare (mener vers un objectif) et/ou mesnager (gérer ses biens). Le « bon manager » est donc celui qui conduit un individu ou un groupe vers un but. Par extension, le projet, comme méthode phare de l’intervention sociale, semble être la méthode princeps pour parvenir à cette fin.
De l’autre côté, il est possible de définir la notion de solidarité (in solido) comme l’obligation faite à plusieurs personnes de s’engager de manière collective et interdépendante pour un tout.
La professionnalisation des managers fait donc écho à la notion de solidarité, de par le primat de la méthodologie de projet comme outil principal de l’intervention sociale, puisqu’elle implique « un travailler ensemble » en vue de répondre à l’atteinte d’un ou plusieurs objectifs.
Cette proposition de communication constituera un témoignage et une réflexion personnelle concernant l’impact de certaines formes de management sur la capacité des professionnels à agir entre eux de manière solidaire et sur leur capacité à agir dans un esprit de solidarité avec les personnes accompagnées. Elle interrogera aussi les contenus de formation et les modalités d’accompagnement des étudiants concernant le management d’équipe et de proximité. Elle s’appuiera sur un exemple de contenu de formation de cadres intermédiaires, décliné à titre d’illustration, et soulèvera plusieurs questions :
-Comment rendre compatible cette notion de management avec celle de solidarité, forcément liées l’une à l’autre si l’on considère que le lien social d'engagement et de dépendance réciproque entre des personnes existe au sein d’une organisation de travail ?
-Le danger n’est-il pas que, sous la contrainte gestionnaire, le management par projet fasse la part belle à des dimensions opératoires au détriment de la dimension solidaire ?
-Une conception uniquement opératoire du projet ne peut-elle pas produire une vision dans laquelle la variabilité humaine en termes de conduite et de comportement peut être considérée sur le plan managérial comme « problématique » ?
-Sur le plan formatif, l’enjeu n’est-il pas, pour les formateurs, de mettre l’accent sur la notion de transmission des solidarités ?
Enfin, je conclurai sur deux formes de positionnement managérial m’apparaissant pertinentes :
- Le management fondé sur le leadership dans la conception développée par Mary Parker Follet ;
-La promotion de la conflictualité dans les équipes au sens psychosociologique du terme.
Mots clés :
Formation, Management social, Fonction de direction
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