L'apport des pratiques des milieux communautaires à l'action publique au Québec : à la recherche de nouvelles formes de solidarité

Année : 2017

Thème : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Auteur(s) :

BERGERON-GAUDIN Jean-Vincent (Canada) – jvbgaudin@yahoo.ca
JETTE Christian (Canada) – christian.jette@umontreal.ca

Résumé :

Dans un contexte où l'État s'inspire de plus en plus des pratiques du secteur marchand pour gérer les problèmes sociaux (Bellot, Bresson et Jetté, 2013), les milieux communautaires semblent être en mesure de proposer de nouvelles formes de solidarité pour faire contrepoids au modèle néolibéral dominant. Étant donné leur proximité avec les communautés locales, leur fonctionnement démocratique et leur flexibilité organisationnelle, ces milieux sont effectivement capables de développer des pratiques novatrices qui peuvent guider l'action publique et, à certaines conditions, être reprises par l'État. Le Québec possède une riche tradition dans ce domaine. Si la capacité d'innovation des milieux communautaires québécois est un fait largement reconnu et documenté (Lévesque, Fontan et Klein, 2014; Jetté, 2008; Harrison et Klein, 2007), la question des conditions d'institutionnalisation de leurs pratiques demeure cependant beaucoup moins explorée dans la littérature (Sossa, Leduc et Champagne, 2011). Cette communication présente les résultats d'une étude qui vient en partie combler cette lacune, en analysant l'influence qu'ont pu avoir les pratiques des milieux communautaires sur l'action publique à partir de quatre études de cas menées dans les secteurs de la santé mentale (Maison Carpe Diem et Gestion autonome de la médication), de l'insertion socioprofessionnelle (Emplois de solidarité) et du logement social (Soutien communautaire en logement social). S'appuyant sur un total de 55 entretiens individuels réalisés avec des acteurs des milieux associatifs, des fonctionnaires ainsi que des représentants gouvernementaux, cette recherche retrace les processus qui ont favorisé et limité le transfert des pratiques novatrices. La comparaison entre les cas fait voir que ce phénomène de transfert dépend d'un ensemble de facteurs interreliés : la formation d'un réseau d'acteurs autour de la pratique novatrice, le contournement de certaines règles institutionnelles, la mise en place d'un processus d'apprentissage, le contexte budgétaire de l'État et le poids politique des acteurs impliqués. Bien que des démarches de recherche aient permis de confirmer le caractère novateur des quatre pratiques à l'étude, le transfert a progressé de façon très variable entre les cas, selon la combinaison des différents facteurs. Dans l'ensemble, l'analyse montre que l'institutionnalisation n'est pas une fin en soi dans le processus de transfert, mais plutôt le début d'une lutte pour des arrangements institutionnels respectant les principes d'action (réciprocité, participation, etc.) promus par les milieux communautaires. Ces constats permettent d'éclairer les conditions dans lesquelles les acteurs de l'intervention sociale évoluant dans ces milieux peuvent jouer un rôle plus actif dans la recomposition des solidarités et favoriser une prise en charge socio-communautaire des problèmes sociaux.

Mots clés :

Action publique, Action communautaire, Transfert des connaissances

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