La solidarité comme stratégie de résilience au sein d’un groupe de résidents Mineurs non accompagnés.

Année : 2017

Thème : Comment et pourquoi une grande solidarité se développe entre les mineurs étrangers non accompagnés ? Quelles questions cela pose aux travailleurs sociaux ?

Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Auteur(s) :

LE CARDINAL Anne-Laure (Belgique) – anne-laure.lecardinal@centre-elpaso.be
Fournier Katja (Belgique) – kf@sdj.be

Résumé :

Les mineurs étrangers non accompagnés (MENA) ont moins de 18 ans, n’ont pas de titre séjour, ni de représentant légal. En 2015, ils furent près de 90 000 à demander l’asile en Europe dont presque 3000 en Belgique (selon Eurostat, 2/05/2016). Le centre El Paso (http://www.guidesocial.be/associationdenamur/) accueille 41 MENA, principalement des garçons, de 6 à 18 ans, provenant surtout d’Afghanistan, de Guinée et de la corne de l’Afrique. En tant que psychologue, je leur propose un soutien psychologique ponctuel, je prends en charge le suivi des familles biologiques ou de parrainage et j’assure une réflexion systémique avec l’équipe sur ce qui se joue dans le centre et à l’extérieur pour nos jeunes résidents.

Notre présentation s’interroge sur la place de la solidarité parmi les stratégies développées par ces adolescents pour survivre à travers ce parcours polytraumatisant de l’exil.

Nous présentons d’abord les différents parcours possibles des MENA selon un typologie inspirée des travaux d’Angelina Etiemble (exilés dans contexte de guerre, mandatés porteurs d’un projet familial, fugueurs fuyant un conflit familial, victimes d’un réseau de traite ou porteur d’un idéal) afin de montrer comment les MENA se sont construits dans un monde où les adultes ont été inadéquats avec eux avant et pendant leur exil. Nous soulignerons comment la solidarité familiale quand elle perdure après l’exil est souvent devenue obsolète et inadéquate tant la situation actuelle du jeune est inconnue pour les proches restés au pays.

Comme l’homme a besoin de solidarité, de filiation et de contenant pour se construire, nous constaterons que les seules personnes qu’ils ont trouvées dignes de confiance furent leurs pairs. C’est ainsi qu’une grande solidarité s’est nouée entre eux comme stratégie vitale et efficace de survie. Ils sont passés sans transition d’une culture où l’âge octroie aux vétérans d’un groupe la sagesse, le respect, le savoir à une manière de fonctionner où tout ce qui provient d’une autorité est vécu comme source de soupçon, voire menaçant.

Si cette grande horizontalité dans les rapports humains parait en contradiction avec leur culture communautaire d’origine, nous verrons comment ils ont recréé entre eux une micro-société où ils retrouvent cette organisation communautaire avec des leaders, des suiveurs, des protecteurs, des différenciations de rôles. On sent une recherche de lien, de soutien, de filiation entre ces jeunes perdus hors de leur communauté originale d’appartenance.

Nous mettons enfin en exergue les questions qui se posent alors à l’équipe qui encadre ses jeunes et cherchons des pistes de réponses :
- Comment encadrer cette solidarité entre pairs afin qu’elle soit bénéfique à chacun ? En effet, c’est une ressource quand ils sont livrés à eux-mêmes en autonomie : l’expérience des premiers sortis servant aux nouveaux venus. Néanmoins, comment veiller à ce que celui qui a de l’emprise sur les autres n’en abuse pas ?
- Comment veiller à ce que ces solidarités ne créent pas des clans qui s’excluent mutuellement surtout si un facteur identitaire devient le ciment au sein des différents sous-groupes ?
- Comment leur redonner confiance dans les adultes afin qu’ils acceptent notre aide et à plus long terme l’aide de tous les intervenants sociaux ? En effet, les seuls réseaux informels construits entre jeunes ne pourront répondre à toutes leurs requêtes.
- et enfin, comment leur redonner envie de devenir des adultes alors que le monde des adultes leur paraît tellement hostile et menaçant ? Il y a là un défi pour remettre le temps en marche et les inviter à sortir de ce monde où l’horloge semble s’être arrêtée sur la case « Adolescence ».

La solidarité entre les MENA, si elle est un stratégie pertinente d’adaptation à leur parcours complexe et difficile, doit néanmoins attirer la vigilance des travailleurs sociaux afin d’en limiter les dérives et d’ouvrir l’horizon de ces jeunes au monde des adulte

Mots clés :

Institution, Secteur socio-éducatif, Interculturel, migration

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