La mise en autonomie des jeunes quittant les dispositifs d’aide à la jeunesse à l’épreuve du cloisonnement de l’action publique
Année : 2017
Thème : Analyse des innovations impliquant le partenariat intersectoriel dans 6 pays européens
Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Auteur(s) :
LALOY David (Belgique) – davidlaloy@hotmail.com
LACOURT Isabelle (Belgique) – ilacourt2@gmail.com
Résumé :
Le taux de chômage grandissant des jeunes constitue une préoccupation majeure en Europe. Plus spécifiquement, les pouvoirs publics sont inquiétés par l’ampleur d’une catégorie spécifique parmi ces jeunes : les « NEET », acronyme signifiant « not in employement, education or training ». Si cette dénomination par la négative n’est certes pas des plus heureuses, elle traduit bien la difficulté des pouvoirs publics à catégoriser et cibler cette population de jeunes qui est caractérisée par son hétérogénéité et par sa « désaffection à l’égard des institutions » (Cordery, 2015 : 41). Du coup, l’idée est de les « accrocher » tant qu’ils sont inscrits dans des dispositifs institutionnels, notamment en ciblant le secteur de l’aide à la jeunesse qui accompagne des jeunes dont la probabilité de connaître un parcours de "NEET" est élevée (Site du groupe SOS).
Le projet Abéona, auquel nous participons, est un partenariat Erasmus+ visant à favoriser l’insertion professionnelle des jeunes pris en charge par les dispositifs de l'aide à la jeunesse. Ce projet implique plusieurs pays : la France, la Belgique, la Pologne, l’Allemagne, l’Autriche et l’Espagne. Le projet est actuellement en cours. Nous y avons contribué par notre analyse de la situation dans la partie francophone de la Belgique, ainsi que par l’organisation d’une formation de 5 jours à destination des travailleurs sociaux des 6 pays participant au projet et qui s’est tenue en septembre 2016. Nous avons également participé à des échanges de travailleurs sociaux entre les pays participant.
A partir de notre analyse des résultats, nous souhaitons discuter un frein important à l’accompagnent des jeunes vers leur autonomie : le cloisonnement de l’action publique. Qu’est-ce à dire ? L’État social s’est construit autour d’un principe de sectorisation de l’aide sociale et de catégorisation des ayant-droits. Par exemple, en ce qui concerne notre question, nos institutions se sont structurées notamment autour du critère d’âge. En Belgique, l’aide octroyée par le secteur de l’aide à la jeunesse s’arrête à la majorité, soit à 18 ans. Selon les acteurs rencontrés dans le cadre de cette recherche, cette transition brutale s’avère problématique, car elle « entraine un changement tant des intervenants que des structures, des manières de penser l’aide et des autorités publiques en charge de ce public » (Briké & Verbist, 2012 : 18). Ces discours dénoncent « la vision fragmentaire de l’homme » (Dartiguenave et Garnier, 2003) ou le « morcellement de préoccupations » (Dumoulin, 2009) que la sectorisation génère. Une volonté de « reglobalisation des questions sociales » (Genard, 2002) se manifeste de plus en plus. Cela s’est traduit notamment dans la mouvance de la gestion territorialisée du social (Hamzaoui, 2002) ou dans la tendance au travail en réseau et l’appel grandissant au partenariat (Dumoulin, 2009).
Ainsi, le décloisonnement apparaît comme un facteur permettant d’améliorer l’accompagnement des jeunes vers l’emploi (Darquenne, 2014 : 24). Un nouveau projet de décret en Belgique (le décret Madrane) propose notamment un prolongement de l’accompagnement des jeunes à leur mise en autonomie possible jusqu’à 25 ans. Il voudrait également permettre une meilleure collaboration et une meilleure interconnaissance de chacun de ces secteurs par ses acteurs respectifs. Les institutions de l’aide à la jeunesse n’ont toutefois pas attendu ce projet de décret pour développer des projets innovants proposant un accompagnement des jeunes axé sur la préparation à la mise en autonomie mais également allant au-delà de 18 ans. Ces projets reposent souvent sur une mise en réseau solidaire entre institutions appartenant à différents secteurs. L’objectif de notre communication sera de faire état des innovations en Belgique et dans d'autres pays utilisant notamment le décloisonnement et la collaboration entre des secteurs généralement séparés par le critère d’âge du public pris en charge.
Mots clés :
Autonomie, Démarche intersectorielle, Insertion, Aide à la jeunesse
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