La place des fondations dans le développement du soutien à domicile et aux proches aidants : études de cas québécoises.
Année : 2017
Thème : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Auteur(s) :
DUMAIS Lucie (Canada) – dumais.lucie@uqam.ca
Résumé :
Notre connaissance des fondations québécoises et de l’adaptation de leurs pratiques à l’environnement institutionnel des politiques sociales est parcellaire. Il y a dix ans, le gouvernement a négocié avec la Fondation Chagnon un partenariat dans le champ social et de la santé, très critiqué par le mouvement communautaire. Cela a cristallisé négativement les représentations de la philanthropie au sein du travail social et aussi entraîné une myopie sur l’ensemble des 2000 fondations québécoises privées et publiques.
Notre recherche se justifie sur la base de nos réflexions sur les arrangements institutionnels concourant à l’évolution des services à domicile qui, depuis plusieurs années, est l’arène exemplaire d’économie mixte et plurielle, où l’État, le tiers secteur, les entreprises privées et le travail autonome s’interpénètrent. Son originalité consiste à produire des données organisationnelles variées, à partir d’études de cas d’une ou deux fondations subventionnant des organismes communautaires offrant de l’aide à domicile ou aux pairs aidants. Ces études de cas permettent de tester l’existence d’une pluralité de pratiques et, le cas échéant, d’esquisser les convergences plus ou moins fortes et les facteurs qui y contribuent. Ces études aideraient aussi à éclairer notre compréhension d’un domaine de politiques sociales sur lequel s’exerce de fortes pressions, les services à domicile , en raison de ses finalités sociales et comme vivier économique d’emplois dans le contexte du vieillissement de la population et d’une politique de non-institutionnalisation des personnes âgées ou handicapées.
Les fondations québécoises constituent un objet de recherche peu étudié en travail social. Cependant, le partenariat entre la Fondation Chagnon et le gouvernement (partenariat remis en question depuis 2015) a entraîné son lot de critiques : celles-ci, basées sur le concept de « philanthrocapitalisme », condamnaient les pratiques de gestion issues de l’entreprise privée, et leur influence néfaste sur les organismes communautaires et sur les politiques sociales. Or, tant les fondations que nombre de scientifiques appellent au dépassement de cet unique cadre d’analyse. Notre recherche a pour but de cerner les formes variées que peuvent prendre les fondations et, le cas échéant, leur effet structurant dans le champ des services aux personnes. Pour le travail social, elle apporterait une meilleure connaissance du fonctionnement des fondations, qui demeurent souvent opaques, voire taboues. Théoriquement, une approche néoinstitutionnelle autorise à se détacher d’une analyse structuraliste liée à la globalisation du marché empêchant les États nationaux et les systèmes sociaux de se constituer selon des règles qui leur sont propres et de faire du développement social de manière relativement autonome. Le concept d’hybridation, ou celui concept d’économie plurielle, identifient divers pôles de développement possible dans les sociétés modernes, axés sur différents principes économiques qui s’influencent : la réciprocité, la redistribution, l’échange marchand.
Nos récents travaux sur les services à domicile au Québec et en France ont permis de voir comment ceux-ci se déploient dans un contexte de politiques sociales axées sur la non-institutionnalisation des personnes vulnérables (âgées, handicapées) et la nouvelle gestion publique. Ils montrent qu’il y a des arrangements institutionnels différents entre la France et le Québec, notamment dans le rôle joué par les secteurs public et associatif, bien que des convergences aient été observées concernant les régulations de l’État et les exigences de qualification des emplois de services à domicile. Nous voulons analyser plus à fond les stratégies de développement, les logiques d’organisation (publiques et sans but lucratif) et la qualification des métiers d’aide à domicile En quoi l’apparition de fondations subventionnaires dans ce champ peut-elle en affecter l’évolution ?
Mots clés :
Politique sociale, Service de proximité, Pratiques en réseaux
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