Le travail social à l’épreuve de la recomposition sociale

Année : 2017

Thème : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Auteur(s) :

ERNST Patrick (Suisse) – patrickernst@bluewin.ch

Résumé :

Le travail social est confronté à une transformation majeure de la société. Cela est un fait dont beaucoup peuvent convenir. En effet, la recomposition sociale des formes du vivre-ensemble qui se dessine actuellement met de plus en plus le travail social dans l’urgence de forger un nouveau sens du social en reconstruisant des nouvelles formes instituées de ce sens. Reste à savoir comment ? Pour cela, j’aimerais mettre en perspective le travail social en établissant cinq oppositions de sens sur ce qui le constituent historiquement afin de mieux comprendre comment ce nouveau sens institué du social peut entrer aujourd’hui en résonnance avec le travail social.
1) Une première opposition de sens pose la question de savoir comment s’ouvrir à de nouvelles formes de coopération et d’expérimentation sociale pour interroger ou ré-enchanté la pratique du travail social. Il s’agit ici de comprendre comment l’idéologie libérale qui domine maintenant depuis quelques siècles a eu une portée ontologique toute négative sur le social, et s’est alors emparé du monde de la vie sociale en le transformant en une réalité qui n’a plus rien de social. C’est bien cet horizon social qu’il s’agit ici de critiquer pour ré-enchanter le social d’une approche plus humaniste. 2) La deuxième opposition de sens traite de la question de savoir comment contribuer aujourd’hui dans un contexte politique et économique difficile à l’évolution d’une société plus juste. Il s’agit pour cela d’aborder la tension fondatrice qui constitue l’Etat social entre un citoyen souverain dans la sphère politique et un individu dominé dans la sphère économique, car l’actualisation de cette tension met justement à l’épreuve le travail social. 3) Cet aspect met en jeu l’institution et touche à la figure du tiers, ou autrement dit, à l’invention du social. Il importe en effet de montrer comment est né l’invention du social, de quelle condition historique d’inégalité et d’injustice sociales, pour bien comprendre de quoi est redevable le travail social aujourd’hui. Il s’agit ici de situer sa mission sans céder à celle que beaucoup voudraient lui imposer en le chargeant de distribuer seulement les minima sociaux. 4) L’apparition massive de la gestion soulève du même coup une quatrième opposition quant à savoir comment affirmer une utilité sociale du travail social en fonction d’une évolution dégradée des besoins de base de la population. Le travail social peut-il se contenter de distribuer les minima sociaux et servir de guichet, au motif qu’il y a pire comme situation sociale dans le monde et que c’est toujours ça le social, même si c’est minimaliste ?! Une telle conception du travail social trahit bien plus que nous le pensons la vocation centrale du travail social qui est de se lier aux autres. 5) Cet aspect pose directement la dernière opposition de sens quant à savoir comment le travail social doit affirmer son identité professionnelle par rapport aux nouvelles missions que génère cette situation de dégradation sociale et de montée des inégalités. La transformation des missions du travail social tend à oblitérer la charge héroïque du travail social, dont la vocation moderne consiste à faire constamment le lien entre les règles de droit et la singularité de chaque situation. Cette vocation moderne du travail social nécessite beaucoup de soin, mais se trouve aujourd’hui négligée par la montée de la bureaucratie administrative et la gestion, ce qui change l’identité professionnelle. La question centrale de toutes ces oppositions de sens consiste finalement à trouver au travail social un sens moins complaisant aux logiques libérales du marché qui dominent aujourd’hui le social.

Mots clés :

Action publique, Professionnalisation, Quête du sens

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