Solidarité, sobriété et intervention sociale. Restitution d’une recherche sur la gestion des ressources chez les plus démunis
Année : 2017
Thème : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Auteur(s) :
Morange Arnaud (France) – amorange@irtsnormandiecaen.fr
Résumé :
Dans la tradition de Richard Hoggart (1957), le politologue Paul Ariès invoque une culture des classes populaires qui leur permettrait d’être « plus écolos que les écolos » (2015). Par-delà la sobriété imposée par leurs faibles ressources, il leur concède une vision du monde favorable à une empreinte écologique meilleure que celle des classes sociales supérieures. Cette thèse méritait d’être vérifiée en pratique dans la mesure où elle apporterait des éléments utiles pour une consommation plus raisonnée dans le contexte productiviste dont nous connaissons les effets sur les écosystèmes, sur les citoyens déjà fragilisés et sur les solidarités. Ce fut l’objet de la recherche que nous avons menée de 2015 à 2017, à la demande de l’ADEME (France). Notre démarche socio-anthropologique visait à analyser les démarches d’évitement du gaspillage chez les « personnes modestes », et ce que ces démarches disaient des capacités de résistance de ce public pour préserver sa dignité et son autonomie. En plus de sa dimension théorique, la méthodologie reposait sur une approche quantitative et qualitative, tout en disposant d’une entrée illustrative et partenariale auprès d’acteurs locaux et associatifs. Les résultats, quasi complets au moment du présent congrès, ont vocation à servir les formations en travail social (conseiller-ère en économie sociale et familiale – CESF - et technicien-ne de l’intervention sociale et familiale – TISF - notamment), dans le cadre de l’articulation nécessaire entre travail social et recherche (Jaeger, 2014).
La recherche s’intitulait : « Pas de gaspillage ! Pratiques rationalisées de consommation chez les gens du commun. Socio-anthropologie de la culture du pauvre » (acronyme : GASPIRAPA). Elle s’inscrivait de manière naturelle dans la suite de nos réflexions dans le champ du développement durable et dans celui des inégalités sociales et de la précarité . Elle s’est déployée à l’échelle du territoire de l’ex-Basse-Normandie. Depuis l’élaboration du projet jusqu’à la diffusion des résultats, nous avons associé des travailleurs sociaux, des chercheurs et des formateurs en travail social, des universitaires, ainsi que le public concerné. Le premier volet de l’investigation consistait en une étude quantitative au moyen d’un questionnaire diffusé par un large réseau de travailleurs sociaux (350 questionnaires exploitables, méthode par quota, traitement sous « R »). Le second volet relevait de l’étude qualitative par entretiens (25 entretiens réalisés). Pour les deux premiers volets, le public retenu a été celui des « classes populaires » (tel que l’on a redéfini ce concept dans une partie théorique de l’étude), signalées ici par des ressources allant des minimas sociaux au Smic de base. Un troisième volet a impliqué des membres d’associations regroupant un public très démunis, autour de manifestations conviviales et d’actions de réinvention des rapports de production-consommation. Il s’agissait là de questionner la manière dont le travail social peut venir soutenir des recompositions de solidarité dans le cadre d’actions citoyennes locales. In fine, notre ambition est autant de valoriser des manières de faire émanant de populations vulnérables que de s’en inspirer (y compris dans les formations en TS) pour améliorer le destin commun.
Mots clés :
Compétence citoyenne, Autonomie, Ecologie sociale, Non-gaspillage
Classes populaires
Actions de solidarité
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