La solidarité à l’œuvre en milieu rural : l’expérience de «Cultiver pour nourrir»

Année : 2017

Thème : Projet de développement local des les Hautes-Laurentides (Québec)

Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Auteur(s) :

DUVAL Michelle (Canada) – michelle.duval@uqat.ca

Résumé :

Afin d’approvisionner en légumes frais les comptoirs alimentaires de la Municipalité régionale de comté (MRC) d’Antoine-Labelle (Hautes-Laurentides / Québec), la table de concertation en sécurité alimentaire de l’endroit a implanté le projet Cultiver pour nourrir. Utilisant espaces et équipements prêtés par la ville de Mont-Laurier et la Commission scolaire, et offrant des activités de réinsertion socioprofessionnelle aux jeunes de 18 à 25 ans et aux plus de 55 ans, le projet mise sur la concertation des milieux institutionnels et communautaires et fait appel à la collaboration des élus et de l’ensemble de la population.
Après une brève présentation de la table de concertation en sécurité alimentaire, nous expliquerons comment le projet a vu le jour en 2013 et a évolué depuis ce temps. Suivra une présentation des partenaires engagés dans le projet : les élus et les fonctionnaires municipaux et scolaires, les jeunes et les aînés en démarche de réinsertion socioprofessionnelle, les intervenants, les bénévoles, l’ensemble de la population et même les enfants du Centre à la petite enfance (CPE) voisin du premier site.
Ce projet a suscité l’adhésion de la population, donc l’émergence d’une solidarité avec les personnes souffrant de la faim. Certains éléments ont permis une telle adhésion : 1- le projet est inclusif et fait appel à plusieurs catégories de personnes (pluralité); 2- ces personnes ont un rôle à jouer et ont le sentiment d’être utiles; 3- elles adhèrent aux objectifs du projet qui sont rassembleurs; il y avait consensus autour de la nécessité d’assurer la sécurité alimentaire des plus démunis en produisant des légumes destinés aux comptoirs alimentaires. Il s’agit là du consensus nécessaire à tout projet de développement local (Bourque et al., 2007).
La réussite du projet est également tributaire de deux caractéristiques des milieux ruraux (Solidarité rurale du Québec, 2006). La première a trait à la sociabilité particulière et au fort esprit communautaire au sein de collectivités où les membres se connaissent et s’identifient au territoire; le lien à la base de la solidarité serait créé par l’appartenance au même territoire (Jean, B., 1997). Cette identification au territoire constituerait le monde commun; or c’est précisément le sentiment d’appartenance à un monde commun qui serait, selon Hannah Arendt (1972), indispensable à la poursuite de toute action collective. C’est un tel sentiment d’appartenance à un territoire commun qui rendrait possible l’engagement, tant de la part des intervenants que de la population, dans le projet Cultiver pour nourrir. Deuxième caractéristique des milieux ruraux : l’exercice d’une gouvernance locale de proximité. Porté par l’ensemble de la communauté qui se sent solidaire des gens qui habitent le territoire, le projet a été rendu possible par la proximité des pouvoirs publics et des élus. L’engagement des instances municipales et scolaires a été déterminant: mise à la disposition d’espaces pour cultiver, prêt d’équipements et d’installations, exécution des travaux lourds. Et c’est parce que les élus autant que les fonctionnaires sont proches de la population qu’ils se sont sentis interpellés par le projet.

Volonté d’inclure des personnes différentes qui se sentent utiles, qui adhèrent aux objectifs du projet et qui partagent un monde commun, voilà le secret de la réussite de tout projet d’action collective. Ces différentes caractéristiques ont un dénominateur commun : la solidarité. La solidarité serait donc à la base de tout projet d’action collective, qu’il s’agisse de développement local comme dans le cas de Cultiver pour nourrir, d’implantation de ressources ou de mobilisation pour revendiquer auprès des décideurs. Quant au monde commun que l’on partage et qui nourrit la solidarité, il peut être défini par l’appartenance au territoire, comme ici, ou par une identité partagée ou encore des intérêts communs. Les sources de solidarité peuvent être multiples.

Mots clés :

Développement local, Action collective, Zone rural, risque alimentaire

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