Le rôle des réseaux de solidarité informels dans la prise en charge des personnes vivant avec un handicap en Haïti
Année : 2017
Thème : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Auteur(s) :
Damus Obrillant (Haïti) – oobrillant@yahoo.fr
Résumé :
Les réseaux de solidarité informels nous permettent de faire face à notre condition humaine en nous permettant de lutter contre notre vulnérabilité ontologique (Damus, 2011, 2016). À l’instar des nourrissons, nos propres existences sont tributaires de l’organisation de réseaux de solidarité entre un nombre incalculable de personnes qui acceptent de s’engager, par leur travail, leur bénévolat (Ferrand-Bechmann, 1992, 2000, 2011) ou leurs activités sociales, pour le bien de tous. Les liens de solidarité avec les habitants de leur village, de leur ville, de leur nation ou de tous les pays du monde constituent le socle de la vie sociale. Ils se transforment en liens d’interdépendance et de soutiens mutuels. Si les gens étaient indifférents les uns aux autres, les liens sociaux s’effriteraient, nous ne pourrions plus nous faire confiance et les lendemains ne seraient plus jamais heureux. Dans son acception générale, la notion de solidarité renvoie aux soutiens mutuels entre personnes. La solidarité les unit dans les liens réciproques d’assistance autour d’un même destin, d’une même cause, d’une même communauté d’intérêts (Romeder, 1989).
La plus grande partie des actes de solidarité s’inscrivent dans des liens de réciprocité. Les hommes et les femmes n’agissent pas uniquement par obligation morale mais aussi par intérêt. Les personnes donnent à autrui parce qu’elles savent qu’elles peuvent recevoir leur aide en retour. La solidarité devient alors l’un des modes des relations d’échange essentiels aux liens sociaux : donner-recevoir-rendre (Godelier, 1996 ; Mauss, 1999 ; Godbout, 2000 ; Caillé, 2007). Il faut noter que les femmes jouent un rôle de premier plan (70 à 80 % des cas) dans l’attribution des soins à leurs proches, comme l’attestent des études haïtiennes (Damus, 2011), africaines (Harrat, 2016), américaines, canadiennes ou québécoises (Gubermann, Maheu, 1993, 1997). D’après la psychologue américaine Carol Gilligan, les femmes pensent que leur capacité à soigner les autres est l’un des composants de leur identité féminine. Leur image de soi pourrait être mise en relation avec le conditionnement socioculturel de leur rôle : «Les femmes, écrit-elle, se définissent non seulement dans un contexte de relations humaines mais se jugent aussi en fonction de leur capacité à prendre soin d’autrui. La place de la femme dans le cycle de vie de l’homme a été celle de nourricière, de gardienne et de collaboratrice, celle qui tisse la trame de tous ces rapports humains, trame sur laquelle elle s’appuie à son tour… » (1986 : 35).
Si les rapports entre les handicaps et les réseaux de solidarité informels sont complexes, il convient de les problématiser en évoluant vers le questionnement suivant : Comment se manifestent les réseaux de solidarité familial, amical, vicinaire, communautaire, religieux, etc., en faveur des personnes en situation de handicap ? Quels sont les contenus de solidarité accordés à ces personnes ? Quelles sont les dimensions de ces solidarités ? Notre communication vise à identifier, connaître et analyser les formes et les contenus de solidarité dont bénéficient les victimes de la violence du destin. Pour ce faire, nous analyserons les données issues d’une enquête par entretiens et observations auprès de plusieurs dizaines de personnes victimes de la « violence du destin » en Haïti.
Mots clés :
Solidarité, Vivre ensemble, Zone rural
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