La solidarité intercommunautaire autour du bassin du Lac Tchad : entre (re)composition et (trans)formation des liens sociaux dans le contexte de lutte contre la secte islamique Boko Haram.

Année : 2017

Thème : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Auteur(s) :

MAKON MA MBEB Albert Richard (Cameroun) – richardmakon@gmail.com
MBANGUE NKOMBA YVES-PATRICK (Cameroun) – mbanguos@gmail.com

Résumé :

Depuis sept ans maintenant, le bassin du Lac Tchad est en proie à une grave crise sécuritaire qui affecte, entre autres, le Cameroun, le Nigeria, le Tchad et le Niger. Cette crise sécuritaire transfrontalière est engendrée par les exactions récurrentes de la secte islamiste Boko Haram, lesquelles ont causé une multiplication des réfugiés entre ces Etats, davantage en direction du Cameroun, et une augmentation des déplacés internes au Nigeria, au Tchad et au Niger.
À cette grave crise sécuritaire, s’est ajoutée depuis peu, une importante crise humanitaire aggravée par les difficultés des agences humanitaires à porter secours aux personnes les plus vulnérables. Les Nations Unies, sur cette catastrophe humaine, font état de près de onze millions de personnes en besoin urgent d’une aide humanitaire ; de plus d’un million et demi en état de crise alimentaire et de plus de cinq cent quinze mille enfants menacés de mort du fait de la famine et de la malnutrition.
Historiquement, le bassin du Lac Tchad offre une panoplie d’expressions de solidarité à la fois intercommunautaire, inter clanique, inter villageoise et interindividuelle, favorisée par la continuité sociologique et linguistique entre les populations qui bordent les frontières de ces Etats, en l’occurrence entre les Kanuri et Kanembou du Cameroun, du Nigeria et du Tchad ; entre les Choa du Cameroun et du Tchad ; entre les Haoussa du Nigeria et du Niger et entre les Mafa du Cameroun et du Nigeria. Ces solidarités sont aussi marchandes, favorisant le développement d’une économie transfrontalière et se nouant autour des villes frontalières telles qu’Achigachia, Mora et Kousseri, malheureusement affectées aujourd’hui par la violence terroriste.
Le contexte actuel donne dès lors l’occasion de constater d’importantes transformations et recompositions de la solidarité des populations du pourtour du bassin du Lac Tchad. Ces processus peuvent s’analyser comme une réponse, d’une part, au besoin légitime de paix, de sécurité et de développement de ces populations victimes du terrorisme, d’autre part, aux limites des solutions de gestion de crise implémentées par les Etats ainsi affectés. En effet, à la terreur politico-religieuse de Boko Haram qui s’appuie elle-même sur des solidarités sectaires et délinquantes, répond en retour des solidarités communautaires de résistance, à la faveur de l’identification des terroristes comme ennemis communs, qui s'expriment par exemple au travers de l’instauration des comités de vigilance.
Par ailleurs, ces nouvelles dynamiques de solidarité se jouent aussi autour des liens et liaisons étatiques de coopération sécuritaire renforcés du fait de la transnationalisation. À titre d’illustration, les entreprises de fusion du renseignement et d'inter-opérabilité militaire qui se sont construites à partir de l’institutionnalisation de la Force Multinationale Mixte.
Les recompositions et transformations des liens sociaux qui en découlent renseignent de la multiplicité des logiques d’action en œuvre, entre celles institutionnelles, essentiellement sécuritaires des autorités étatiques et des organisations internationales impliquées, et celles sociocommunautaires et individuelles des populations, individus et organisations de la société civile concernés. Aussi, les crises sécuritaire et humanitaire en cours donnent-elles l’occasion de relever le dépassement des appartenances originelles et catégorisations classiques entre autochtones et allogènes, déplacés et sédentaires, réfugiés et locaux, étrangers et nationaux.
Cette contribution se propose d’analyser, à partir d’une approche ethnographique, la construction des solidarités adossées sur une kyrielle d’interactions et de transactions entre peuples du pourtour du Bassin du Lac Tchad.

Mots clés :

solidarité intercommunautaire, bassin du lac TCHAD, crise sécuritaire, crise humanitaire

← Retour à la liste des articles