Protéger l’autre « ennemi » : focus sur un geste de solidarité atypique dans la violence intercommunautaire des quartiers précaires Yaosséhi et Doukouré (à Abidjan) en 2011

Année : 2017

Thème : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Auteur(s) :

COFFI Yao Gervais (Côte d’Ivoire) – gervais_cy@yahoo.fr

Résumé :

En Côte d’Ivoire, la commune de Yopougon, à Abidjan, figure parmi les localités ayant été marquée par une sorte de paroxysme des violences commises sur les populations civiles au cours de la crise postélectorale de 2010-2011. Dans cette commune, les abus et exécutions commis par des civils et hommes armés, ont touché tous les quartiers (Amnesty International 2011), et plus particulièrement certains quartiers précaires. Dans les rapports d’organismes (HRW 2011 ; APDH 2011), apparaissent plus clairement, l’ampleur des dégâts dans le secteur urbain des quartiers précaires voisins, Yaosséhi et Doukouré. Singulièrement à Doukouré, au moins 21 cas de viols ont été commis par les miliciens Wê et mercenaires. Un "massacre" particulièrement meurtrier, au cours de la seule journée du lundi 12 avril 2011, a fait au moins 51 morts (HRW, id.) parmi les communautés Malinké et immigrées. Entre le 11 avril et la mi-mai 2011, les exactions commises par les miliciens wê à Yaosséhi, ont fait quant à elles, au moins 70 morts parmi les civils (APDH, id.). Celles des FRCI (Malinké en majorité), à leur prise de contrôle dudit quartier, ont causé au moins 30 morts entre les 25 et 26 mai 2011(HRW, ibid.) dans la communauté Wê. En fait, Yaosséhi et Doukouré abritent chacun, en majorité, respectivement, les communautés Wê (communément appelé Guéré ou Wobé) issues de l’ouest du pays et les nordistes Malinké (et les immigrés ouest africains). La violence a ainsi traversé ce secteur urbain sous la forme de représailles intercommunautaires, engageant ces communautés rivales comme actrices, et prenant tour à tour chacune d’elles pour cible. Toutefois, au plus fort de cette violence intercommunautaire, chez chaque communauté, l’on a pu assister de la part de rares individus, à une forme de solidarité consistant à couvrir l’autre « ennemi » au risque de leur vie. Comment se manifeste concrètement une telle forme de solidarité sociale le temps d’une guerre ? Et Comment une telle expérience influence-t-elle chez le rescapé, la perception sociale et le rapport à l’autre ? Basée sur une démarche ethnographique, cette contribution voudrait faire un focus sur une forme de solidarité atypique manifestée durant la violence intercommunautaire de Yaosséhi et Doukouré en 2011.

Mots clés :

Solidarité de proximité, Crise sociale, Zone urbaine, Yaosséhi-Doukouré

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