Penser l’épistémologie du travail social , un incontournable du « vivre ensemble » .

Année : 2018

Thème : Enjeux et construction du « vivre-ensemble »

Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Auteur(s) :

BOULLET JEAN YVES (France) – jyboullet@hotmail.fr

Résumé :

L’épistémologie n’est pas forcément le thème le plus souvent abordé quand il s’agit de parler de travail social et de « vivre ensemble ». Si on analyse les formations des travailleurs sociaux en France, l’épistémologie est le plus souvent absente. Parfois certains cursus ont quelques heures de méthodologie mais on y parle généralement de technique d’entretien ou de recueil de données ; parfois d’autres ont quelques heures de réflexion déontologique ou d’éthique. Rares sont ceux qui ont l’opportunité d’avoir ce questionnement. Pourtant au quotidien ce sont bien des questions d’épistémologie qui sont en jeux dans les pratiques des travailleurs sociaux quand il s’agit de définir qu’est-ce que l’exclusion sociale, qu’est-ce que le handicap, qu’est-ce que l’identité des personnes qui sont accompagnées et quelle place la société leur accorde. Les travailleurs sociaux utilisent volontiers des références théoriques issues de la sociologie, de la psychologie ou encore de l’économie ; mais savent ils comment ses connaissances sont produites ? Savent-ils sur quoi se fonde ces connaissances ? Qu’est que les conditions de leur production supposent ou impliquent ? <br />Nous pouvons définir avec Piaget, l’épistémologie comme l’étude de la constitution des connaissances valables dans une société. Celle-ci fonde et légitime un discours qui distingue les connaissances scientifiques des connaissances vulgaires pour élaborer par voie de conséquence un ensemble de références cognitives et sociales, permettant de construire un ordre de classification du vrai et du faux. L’épistémologie en s’interrogeant sur ce qu’est la connaissance fonde implicitement un contrat social et par voie de conséquence une représentation du « vivre ensemble ». L’épistémologie devrait être au centre des préoccupations de ceux qui cherche ou prône une conduite éthique entre le savant et le politique<br />L’adhésion ou la croyance au savoir scientifique repose, en dernière instance, sur des valeurs culturelles, et plus précisément sur la présence, dans une société, d’un « ensemble particulier de présupposés tacites et de contraintes institutionnelles » disait R.K.Merton. À ces conditions socioculturelles s’ajoutent des conditions institutionnelles du développement des sciences, c’est ce que nous appellerons « le contrat social épistémologique »<br />Mon propos sera donc une contribution au questionnement sur l’implicite de ce « contrat social épistémologique », sur ses limites ou ses ouvertures à l’autre et à la culture de l’autre. Pour cela, je présenterai donc une première réflexion, forcément incomplète et parcellaire, sur les fondements épistémologiques du « contrat social » occidental. Dans cette partie, je ferais un rappel sur quelques éléments de la culture épistémologique et ses liens avec des formes de domination culturelle et intellectuelle. Ensuite, je tenterai de relier mon propos à quelques enjeux liés au « vivre ensemble » à partir de l’observation d’une expérience menées depuis 3 ans par une association gestionnaire d’établissement sociaux et médico-sociaux qui organise pour ses jeunes adolescents des voyages solidaires dans le sud Marocain. Enfin je proposerai de mettre en perspective ces réflexions et ses analyses critiques, en m’appuyant sur les propositions des sciences de la complexité pour construire des projets sociaux pouvant répondre aux dimensions complexes de certaines de nos situations professionnelles, notamment, celle qui relève de relation interculturelle. <br /><br />

Mots clés :

Épistémologie, Doctrine sociale, Interculturel

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