Sociétés plurielles, travail social, et vivre-ensemble
Année : 2019
Thème : Vivre ensemble et hospitalité
Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Auteur(s) :
ABILLAMA MASSON NADA (France) – nmasson@parmentieridf.fr
Résumé :
Cette communication va s’étayer sur :
- une double expérience humaine, celle d’être d’ici, puisque née au Liban, et d’appartenir également à un ailleurs, puisque j’habite en France ;
- les résultats de ma thèse en Sciences de l’Education, sur la poursuite de ma réflexion dans le cadre de mes enseignements à l’Irts Parmentier à Paris, sur la publication de divers articles, et d’un ouvrage dont l’intérêt porte sur la prise en compte et la transmission de la parole de dix-huit jeunes âgés de 8 à 19 ans, placés en institution.
Les entretiens semi directifs ont d’abord fait l’objet d’une analyse de l’énonciation puis permis de dégager des thématiques transversales, comme : le chez soi, les rapports aux pairs et aux éducateurs, le vivre ensemble à laquelle toute vie collective contraint. L’approfondissement de cette recherche m’a conduite à travailler les notions puis à développer la clinique de l’accueil et de l’hospitalité dans les institutions médico-sociales, loin d’être un allant de soi pour l’éducateur.
Par quelle aubaine, quel hasard ou quel destin, le Liban se trouve-t-il organisateur de ce 8ème congrès de l’AIFRIS autour du thème « Sociétés plurielles, travail social et vivre-ensemble » ? Pays du multiculturalisme, des paradoxes et du multi confessionnalisme, ce Liban reflète à lui seul un arc en ciel où l’harmonie des couleurs confond parfois l’identité et la reconnaissance de chacun. La guerre a mis à mal un équilibre, certes fragile, mais qui tenait, le plongeant dans une confusion dont il peine à se dégager. Pourtant, ce Liban, qui nous accueille aujourd’hui, n’a pas oublié le sens de son hospitalité, malgré sa plaie béante et sa douleur.
A l’heure actuelle, la France change de paradigme. Des jeunes de la troisième génération des pays anciennement colonisés revendiquent leur Histoire et leur appartenance tout en cherchant leur ancrage, ne se sentant parfois ni d’ici ni de là-bas. L’actualité n’a de cesse de rappeler les origines d’un tel ou tel autre qui aurait commis un acte de délinquance, quand bien même est-il né en France et est Français. Par ailleurs, avec l’arrivée massive de migrants, de mineurs non accompagnés qui relèvent de l’Aide Sociale à l’Enfance qui se doit de les accueillir dans ses institutions, la France se retrouve face à un défi où s’imposent de manière cruciale la question et le traitement de la constitution de sa société plurielle et du vivre-ensemble.
Cette proposition s’articulerait autour de trois axes :
1- La notion même du Vivre-Ensemble. Ces termes, côte à côte, peuvent faire penser à un oxymoron où deux vocables antinomiques s’unissent dans un mariage insolite. Les voilà joints par un trait d’union, une reliance (E.Morin) : comment penser que « Vivre » peut exister sans son voisin, « Ensemble », pour le meilleur et pour le pire, au prix sans doute d’un « enfer, c’est les autres » (Sartre). Pour autant, toute vie collective suppose un pacte social (Spinoza), un contrat social (Rousseau), des règles communes, à défaut de quoi, c’est le désordre, voire le chaos. Il est de la responsabilité de chaque institution d’offrir un vivre-ensemble, permettant à chacun de trouver sa place et son identité.
2- Le vivre-ensemble appelle l’Etre-ensemble, à l’hospitalité inconditionnelle de l’autre, étranger, à laquelle nous invite J.Derrida. Pourtant, « l’étranger nous habite » (J.Kristeva) ; « il est de ce qu’il y a de plus familier » (S.Freud). Face cachée de notre identité, il se transforme en ennemi, troublant la quiétude d’un ensemble, voire d’un Tout, qui cherche sa cohérence. Il dévoile un symptôme et crée le malaise de vivre avec les autres.
3- L’Etre-ensemble suppose une éthique et la reconnaissance de deux Êtres distincts, dans leur altérité (D.Depenne). Par conséquent, le vivre-ensemble engage l’éducateur dans le respect et la prise en compte de la singularité de chaque sujet accueilli, pour un accompagnement individualisé, qui l’implique et le dépouille des entraves à l’accueil de l’autre.
Mots clés :
Citoyenneté, Éthique et déontologie, Vivre ensemble, Hospitalité
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