L’intervention collective au Québec : convergences, transformations et enjeux

Année : 2019

Thème : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Auteur(s) :

BOURQUE Denis (Canada) – denis.bourque@uqo.ca
COMEAU Yves (France)
LACHAPELLE René (Canada) – renelachapelle@videotron.ca

Résumé :

L’intervention collective se déploie au Québec depuis plus de 50 ans en tant que domaine de spécialisation du travail social qui s’appuie sur les potentialités de l’action collective. Présente dans les secteurs public et associatif, l’intervention collective postule que les problèmes sociaux sont de nature collective et doivent faire l’objet de solutions collectives. Elle s’implante au Québec à partir des années 1960 avec ces jeunes diplômés universitaires formés aux références théoriques nord-américaines comme l’approche conflictuelle d’Alinsky (1946), ou celle plus consensuelle de Ross (1955), ainsi que sud-américaines avec l’approche conscientisante de Freire (1974) et aussi françaises avec celle du développement global du Père Lebret (1958). Actuellement, près de 400 organisatrices et organisateurs communautaires (OC) sont entièrement dédiés à l’intervention collective et exercent leur profession dans le réseau public de santé et de services sociaux. Il s’agit d’une configuration que l’on ne retrouve pas ailleurs au Canada ni en France où l’intervention collective, nommée intervention sociale d’intérêt collectif (ISIC), n’est pas l’apanage de spécialistes qui y sont exclusivement dédiés à temps plein comme au Québec, mais pratiquée en principe par toutes les travailleuses sociales, en sus de leur pratique d’intervention individuelle dont l’ampleur et le caractère souvent d’urgence expliqueraient la très faible présence de l’ISIC sur le terrain (Conseil supérieur du travail social, 2010).<br /><br />Le Québec se démarque également par l’extension du champ de l’intervention collective au-delà du service public. Plus de 2 000 personnes la pratiquent à partir d’autres institutions et organisations comme les Centres locaux de développement (CLD), les Corporations de développement économique communautaire (CDÉC), les Corporations de développement communautaire (CDC), les municipalités, les organismes communautaires, les fondations philanthropiques, etc., et se réfèrent à des descriptions de tâches et des compétences qui correspondent généralement à celles des OC, comme l’a démontré Robitaille (2016).<br /> <br />La diversité de titres professionnels et d’employeurs en intervention collective recouvre une même fonction qu’une recherche menée de 2013 à 2017 permet de mieux comprendre. Cette recherche fait le point sur l’intervention collective au Québec à partir d’enquêtes menées à une quinzaine d’années d’intervalle (1988, 2003 et 2015). Elle montre les différentes facettes qu’elle prend aujourd’hui dans les lieux où on la pratique et comment, malgré ces différences, un corpus de savoirs en fait un seul métier. Puisqu’une profession se reconstruit forcément, la recherche analyse les phénomènes qui en perpétuent les fondements, les dynamiques qui la transforment et les modalités qui lui permettent de s’adapter à de nouveaux contextes.<br /><br />La thèse principale soutenue ici veut que l’intervention collective fasse partie des professions atypiques ayant à la fois un socle commun et une diversité de traits et, à la différence des professions établies et encadrées par l’État, une régulation peu normalisée. La notion de professionnalisation rend alors compte de dynamiques évolutives et ouvertes moins instituées que des professions reconnues par un ordre professionnel accrédité (Vézinat, 2010, inspiré de Demazière et Gadéa, 2009). D’ailleurs, la préoccupation essentielle de la recherche consiste à illustrer l’unité et la différenciation de l’intervention collective et les conditions de sa professionnalisation. Les dynamiques d’influence et les enjeux analysés par les chercheurs concernent non seulement l’intervention collective, mais également l’action collective et le développement des collectivités.

Mots clés :


← Retour à la liste des articles