Traumatismes de guerre et raccommodement de soi : <br />les conditions d’un retour dans la communauté des hommes<br />

Année : 2019

Thème : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Auteur(s) :

CHAPUT Corinne (France) – corinne.chaputlebars@gmail.com

Résumé :

Cette communication s’appuie sur une thèse de Doctorat réalisée entre 2008 et 2012, et s’inscrit dans l’axe 1 de l’appel contribution qui vise à identifier les enjeux du vivre ensemble dans des sociétés où vivent des victimes de guerre ou d’événements apparentés comme les attentats.<br />Avant de zoomer sur une guerre particulière, l’auteur de la présente proposition de communication a compulsé de très nombreux travaux de recherche. C’est donc à partir de « l’état de l’art » que se fonde cette communication.<br />La guerre fait partie des situations extrêmes de vie qui poussent l’être humain à toucher ses propres limites. Le voisinage avec la mort, l’impréparation des sujets à devoir l’affronter, l’explosion identitaire qu’il engendre en sont les caractéristiques principales auxquelles s’ajoute le vécu singulier de l’événement.<br />Le traumatisme est quant à lui défini comme un choc écrasant, générateur d’effroi et de sidération, suivi le plus souvent d’un clivage psychique chargé de maintenir l’intégrité de l’individu. La partie de la mémoire en apparence inactivée resurgit à l’envi dans les cauchemars ou dans des reviviscences suscitées par des situations en apparence anodines. Ces manifestations, lorsqu’elles sont répétées et durables, constituent le Post-Traumatic Syndrom Disorder, reconnu seulement dans les années 70 aux Etats-Unis.<br />Cette reconnaissance récente, et l’injonction à se réjouir plutôt qu’à se plaindre, conduisent parfois les traumatisés à taire leurs souffrances pendant plusieurs mois voire de longues années, les faisant entrer dans une période de « volonté somnolente ». La transmission s’opère alors malgré eux dans des bribes, des fragments, des « transpirations », jusqu’à ce que, pour certains d’entre eux, elle puisse véritablement aboutir grâce à des dispositifs facilitateurs de parole ou déclencheurs d’écriture.<br />Une fois enclenché, ce partage des émotions les plus inconcevables produit des effets de « raccommodement », concept qui désigne l’ensemble des effets d’acceptation des traumatismes, de réparation des dommages causés et d’adaptation de sa vie aux conséquences des événements, amenant la personne à devenir « ni tout à fait la même ni tout à fait une autre » et parfois plus belle avec ses cicatrices. <br />Et pourtant, la mise en récit de l’expérience traumatique n’est pas chose facile. Certaines victimes restent en sommeil, ayant la peur irrationnelle d’engendrer le malheur, ou au contraire « hyper communiquent » dans une forme de ressassement qui ne les fait pas entrer en résilience. D’autres encore ont tendance, dans les premiers temps qui suivent les situations extrêmes, parce qu’elles craignent de ne pas être écoutées ou que leur récit ne soit pas « validé », à se regrouper et à créer une sorte de « matrice » fantasmatique destinée à partager ses émotions dans un groupe fermé où l’assurance d’être compris libère l’expression de soi. Or, il s’avère que, si ce passage peut être obligé pour certaines victimes, le fait de se maintenir dans l’entre soi trop longtemps ne permet pas de reprendre toute sa place dans la communauté humaine, vécue comme lointaine de par le vécu extrême qui ne parait pas communicable.<br />Après avoir défini ce qu’est une situation extrême, cerné les contours du traumatisme et dressé un bref historique de la reconnaissance du stress post-traumatique, la communication explicitera le risque que les victimes encourent à rester dans le silence ou à demeurer entre elles dans un monde à part, pour finir par la présentation de quelques exemples de dispositifs de construction de récits de vie en situation extrême qui constituent aujourd’hui un grand enjeu de santé publique et de cohésion sociale et doivent inspirer les politiques publiques et les pratiques professionnelles.<br /><br />

Mots clés :

Savoirs, Catastrophe humaine, Cohésion sociale

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