L’accueil et l’accompagnement socio-éducatif de requérants d’asile mineurs non-accompagnés à Genève : enjeux et pratiques
Année : 2019
Thème : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Auteur(s) :
Dubath Bouvier Esther (Suisse) – esther.dubath@hesge.ch
Résumé :
L’accompagnement de jeunes migrants non accompagnés pose des défis complexes et singuliers, liés au vécu dans leur pays d’origine, au parcours migratoire, et aux enjeux de leur intégration. Après de multiples expériences difficiles et souvent traumatiques, ces jeunes arrivent dans un pays, une société et une culture inconnus, avec un statut légal provisoire et des perspectives d’accueil durable très incertaines.
Dans cette présentation l’auteure abordera quelques défis liés à l’accompagnement socio-éducatif de ces jeunes à Genève. Dans ce canton, les jeunes requérant-e-s d’asile entre 15 et 18 ans sont hébergé-e-s dans un Centre d’accueil, qui dépend des services publics sociaux. L’équipe sociale accompagne ces jeunes dans leur adaptation initiale, leur intégration à la vie locale et leur développement personnel et social. Pour certains d’entre eux, l’équipe les accompagne aussi après une réponse négative à leur demande d’asile, qui remet en question tout projet durable dans ce pays.
Quels sont nos rôles, au regard des enjeux de cet accueil ? Ils s’inscrivent dans le cadre de la vulnérabilité et la résilience, et dans celui de du lien et de l’intégration sociale. Il s’agit en premier lieu, de reconnaître ces jeunes comme vulnérables, comme des enfants venus d’ailleurs, qui requièrent une protection. Notre rôle est de veiller à des conditions d’accueil qui leur procurent la sécurité et l’assistance médicale et sociale nécessaires. En même temps, il consiste à les encourager et à valoriser leurs ressources et leurs capacités leur permettant de grandir et de devenir autonomes, selon leur propre rythme.
L’intégration dans la société d’accueil est un objectif essentiel en vue de l’autonomie et du vivre ensemble. Elle ne peut se réaliser que dans le respect du parcours de vie et de la culture du jeune. Réussir à se situer de façon positive au sein des cultures d’origine et de la société d’accueil représente un défi tant pour le ou la jeune que pour les professionnel-le-s qui l’accompagnent.
Une grande partie des jeunes engagent des liens avec la société civile, principalement par l’intermédiaire de « familles relais ». Il s’agit de familles vivant à Genève qui accueillent un-e jeune migrant-e dans leur vie quotidienne pour une activité, un repas ou une sortie, au moins une fois par quinzaine. Cette rencontre avec des familles locales leur permet de découvrir la vie en Suisse et de parler français, puis au fil du temps, de créer des liens forts qui pourront contribuer à leur intégration au sein de la société d’accueil. L’éducateur-trice référent-e du jeune travaille étroitement avec la famille pour établir un réel partenariat venant compléter et enrichir ce qu’un centre d’accueil peut offrir.
En parallèle de son processus d’intégration, le ou la jeune migrant-e doit pouvoir travailler sur son vécu, les séparations, ruptures ou traumatismes, et les espoirs qui l’animent. Par sa relation proche, l’éducateur-trice référent-e reçoit souvent des confidences. Sa manière d’écouter la parole du jeune va permettre à celui-ci de co-construire un récit qui lui permette d’avancer et de poursuivre son développement dans ce nouvel environnement.
Certain-e-s jeunes reçoivent une réponse négative à leur demande d’asile mais ne sont pas renvoyé-e-s. Cette situation particulièrement déstabilisante peut durer des mois. L’accompagnement social de ces jeunes demande une posture accueillante et chaleureuse qui puisse les aider à conserver un sentiment de dignité.
L’accueil et l’accompagnement des jeunes requérant-e-s d’asile invitent l’éducateur-trice à s’engager dans sa relation avec le jeune, tout en encourageant les relais externes. Il-elle est souvent investi-e comme figure parentale et ce rôle questionne sa posture professionnelle. Un défi actuel concerne le développement de solidarités et du vivre ensemble dans le centre d’accueil par un travail collectif et un partage de responsabilités entre professionnel-le-s. Ces enjeux sont également abordés par l’auteure dans son enseignement auprès des futurs travailleurs et travailleuses sociaux.
Mots clés :
Intégration, Action publique, Intervention sociale et travail social, MIgrants
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