La recherche féministe transnationale comme fondement d’une compréhension éthique du vécu de femmes réfugiées : Regards croisés sur le Liban et le Québec
Année : 2019
Thème : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Auteur(s) :
CARON Roxane (Canada) – roxane.caron.2@umontreal.ca
Richard Myriam (Canada) – myriam.richard.1@umontreal.ca
Résumé :
Devant les tourments de la guerre en Syrie – exil forcé, vie en camps de réfugiés ou dans des abris de fortunes, déchirements des familles, pertes de proches, etc. – les femmes réfugiées, qui représentent plus de 50% des personnes déplacées, apparaissent comme étant particulièrement vulnérables (CARE, 2016). La recherche à la base de cette présentation veut contribuer à « porter les voix de femmes réfugiées » - voix d’ailleurs peu entendues - alors que les représentations dominantes à leur sujet dans les médias de masse et en ligne font très peu de place à leurs réalités diverses et complexes (Alhayek, 2014; Freedman, 2015, 2017). Par son amplitude et ses conséquences inégalées depuis la Deuxième guerre mondiale, le conflit en Syrie a mis la complexité des réalités des réfugiés en évidence comme peu de conflits l’avaient fait par le passé. En cela, notre recherche répond à l’appel de chercheurs invitant à développer des méthodes de recherche transnationales pour trouver des réponses mieux adaptées au caractère multidirectionnel des processus migratoires (Parkinson & Behrouzan, 2015; Mohanty, 2003, McLaren, 2017). Nous avons donc mené une recherche simultanément sur deux sites: Le Liban et le Québec. La mise en relation des parcours de refuge au sein de ces deux sites constitue une opportunité pour mieux saisir les enjeux de l’intégration des femmes réfugiées dans une perspective locale et internationale, en faisant ressortir des éléments transversaux dans les trajectoires des femmes mais aussi, ceux propres à chaque contexte. La recherche s’intéresse aux parcours de refuge de femmes syriennes à travers les questions de l’intersection de leurs identités. Elle prend comme point de départ les processus et les pratiques qui permettent aux femmes de survivre, de dépasser les obstacles et de tisser de nouvelles appartenances.<br /><br />Notre communication se déroulera en deux temps : 1) Présentation des résultats préliminaires de la recherche à partir de récits de vie de 25 femmes réfugiées d’origine syrienne en mettant l’accent sur les 15 récits recueillis en contexte libanais ainsi que sur les éléments transversaux qui traversent les trajectoires des femmes rencontrées ; 2) Ouvrir un dialogue où seront exposés les regards croisés des quatre membres de l’équipe qui ont effectué la recherche au Liban (deux chercheures et deux interprètes). Nous ouvrons ainsi l’échange en exposant la position de chacune dans le projet (d’où nous parlons) et nos réflexions respectives sur les implications de la recherche dans la compréhension du vécu des femmes réfugiées, mais aussi des possibilités d’ouverture à l’autre. Nous proposons d’y parvenir à travers des questionnements sur notre propre parcours (notamment en tant que femmes, professionnelles, réfugiées, etc.) et en explorant les questions suivantes tirées du premier axe de réflexion du colloque : « Quel regard initier sur l’identité comme potentiel créateur de nouvelles opportunités de relations? » et « Quel dialogue amorcer pour générer des histoires, des expériences et des intérêts qui unissent en sauvegardant les spécificités respectives ? »<br /><br />Nous souhaitons ainsi contribuer à la réflexion sur les manières dont la recherche en travail social peut non seulement nous amener vers une meilleure compréhension des enjeux liés au vécu des femmes réfugiées, mais surtout, créer des sites de solidarité permettant de dépasser les dilemmes éthiques (Banks, 2012; Banks & Kirsten, 2015; Laplante, 2005) afin d’aller vers une responsabilité partagée (recherche comme pratique engagée au carrefour de la création du savoir, de l’intervention et de la défense de droits) (Maiter, Simich, Jacobson & Wise, 2008; Naudie & Simonet; Paugam, 2011). C’est ultimement une réflexion sur le rôle de la recherche féministe transnationale dans la création de lieux d’interaction et d’échange où l’humanité de chacune est reconnue et peut servir de levier pour améliorer l’intervention auprès des personnes réfugiées et contribuer à la défense de leurs droits.
Mots clés :
Femmes, Travail social international, Réfugiés
← Retour à la liste des articles