PDF FR

De l'exercice de la citoyenneté à la conception des politiques publiques dans la situation française

Année : 2019

Thème : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Auteur(s) :

BOUSQUET Cathy (France) – ktybousquet@gmail.com

Résumé :

Cette communication propose de discuter la construction des politiques publiques de solidarité à partir d’une analyse socio-historique du travail du social et de la solidarité politique en France. Cette recherche conduite dans le cadre d’une thèse de Sociologie-Travail social (Cnam, 2018) est à confronter à d’autres constructions historicisées du travail social dans d’autres contextes nationaux.<br /><br />L’analyse critique de l’émergence des interventions sociales en France au début du XXème siècle m’a permis de réexaminer le cadre politique et professionnel de cette action publique. C’est ainsi que ces créations ont partie liée avec la mise en œuvre politique de la solidarité par l’État social et par la IIIème République.<br />Revisiter ces histoires, celle de la solidarité et celle du travail social, permet de rappeler la quête commune d’un vivre ensemble pacifié et les contributions réciproques à l’installation de la démocratie en France.<br />Cette analyse met en lumière les volontés qui vont s’associer et converger pour expérimenter des relations d’égalité malgré une organisation sociale, économique et politique fortement inégalitaire et génératrice de profondes injustices. Ce dépassement de l’ordre existant a impliqué des transgressions individuelles dans des collectifs d’actions publiques et publicisées, c’est à dire la mise en œuvre d’initiatives collectives et publiques par des personnes sans droit politique.<br /><br />La constitution du travail social laïc en France est à la fois le résultat de ce mouvement d’émancipation individuelle et collective initié par des femmes instruites et engagées dans un accès et une diffusion des savoirs scientifiques pour tous, ET le résultat du développement d’une conception politique de la solidarité fondée sur la reconnaissance de la vulnérabilité humaine et de l’interdépendance entre les individus. Cette construction est rendue visible par les études de genre inscrites depuis les années 1980 dans le monde académique et développées selon des amplitudes différentes par disciplines.<br /><br />L’analyse critique ainsi réalisée à partir d’un corpus de sources d’archives (Maisons sociales - Presse - Minutes du procès de Marie Jeanne Bassot) permet de faire lien entre la conception politique du vivre ensemble et la reconnaissance des droits politiques des personnes dans une société donnée. Comme l’indique Dominique Schnapper (2000), la citoyenneté moderne revêt deux dimensions : la dimension universelle reconnue à tous et la dimension politique, c’est-à-dire « son possible exercice » réservé à certains. C’est l’exercice de la citoyenneté politique qui dans la modernité est au fondement de l’égalité de relation entre les personnes et qui oriente les conceptions du vivre ensemble.<br /><br />En France (mais ailleurs aussi), l’héritage sexué de l’exercice politique conduit à un héritage sexué des politiques publiques - avec comme exemple ici la solidarité politique - sur un modèle androcentré. Nous héritons d’une institutionnalisation genrée de la solidarité entre intervention politique d’une part et intervention dans un quotidien de vie d’autre part. En reprenant l’analyse du processus différentiel d’exercice de la citoyenneté construit par les rapports sociaux (de genre, d’âge, de statut, …), la compréhension des dynamiques des mouvements sociaux s’enrichit mais aussi la conception des politiques publiques. Soit la participation politique des personnes est au fondement des droits et des dispositifs et permet un travail créatif mobilisateur, soit la subordination des personnes, leur assujettissement est reconduit dans des droits et des dispositifs. Il est alors paradoxal de vouloir mobiliser l’autonomie des personnes, voire impossible de réunir des inégalités « d’individus-sujets » qui dans une visibilité des pluralités deviennent exponentielles (Rosanvallon, 2011).<br />

Mots clés :

Citoyenneté, Femmes, Action publique, Emancipation collective

← Retour à la liste des articles