Pour une pédagogie du travail social vers une citoyenneté "post-moderne"

Année : 2019

Thème : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Auteur(s) :

GREBERT Jacqueline (France) – j.grebert@imf.asso.fr
VOLLE stéphane (France) – s.volle@imf.asso.fr

Résumé :

Force est de constater que vivre ensemble en un "tout" social cohérent passe nécessairement par la reconnaissance pleine et entière du rôle que les personnes accompagnées ont à jouer. La pédagogie de la formation des travailleurs sociaux doit être modifiée en conséquence en laissant une large place au savoir expérientiel de ces personnes. Ce n'est qu'à la condition d'une relation égalitaire structurant les nouvelles méthodes d'interventions visant à redonner du "pouvoir d'agir" que les travailleurs sociaux pourront assumer leur mission de travailleur du social: accompagner les personnes à une citoyenneté pleinement assumée et investie.<br /><br />Le vivre ensemble, enjeu central de la cohésion sociale, influence le cadre législatif des formations en travail social en France. Le processus de professionnalisation des étudiants a évolué avec le changement de place des protagonistes. Les personnes accompagnées, mais aussi les apprenants, doivent s’en emparer ce qui suppose de modifier les contenus de formation. Pour atteindre cet objectif, nous centrons notre pédagogie sur « l’éthique de passage » d’A. Mbembe « qui doit promouvoir des relations basées non plus sur la mise à distance de l’autre, mais sur la reconnaissance de ce que nous avons en commun : l’enjeu majeur est d’accompagner les étudiants dans le regard « sur le commun » qu’ils posent sur l’autre, de leur faire expérimenter des postures d’alliance, de passeur. Les textes de la réforme des formations valorisent les notions de participation et de citoyenneté, avec les personnes au cœur de l’accompagnement. Nous sommes passés en quelques années d’une relation d’aide dans une « bonne distance » à une « juste proximité ». La célèbre phrase de P. Meca est venue réinterroger nos pratiques « Il faut se rencontrer pour mieux se raconter ». Au-delà du changement de vocable, la démarche est inversée, en effet, la question de l’asymétrie dans la relation, de sachant/non sachant est remise en question : l’introduction des personnes accompagnées avec un savoir expérientiel reconnu participe à la lutte contre la discrimination, et le vivre ensemble n’est favorisé que dans une relation égalitaire. S’il est vrai, comme l’écrit R. Janvier, citant un proverbe nihiliste, que : « la liberté se mesure à la longueur de la chaine », il nous faut adapter notre pédagogie à cette évolution en aidant les étudiants à construire la relation avec la personne accompagnée identifiée non plus exclusivement à partir de ses manques, de sa vulnérabilité et de ses incapacités avérées ou supposées. Comme l’évoque Paul Ricoeur « la souffrance n’est pas uniquement définie par la douleur physique, ni même par la douleur mentale, mais par la diminution, voire la destruction de la capacité d’agir, du pouvoir de faire, ressentie comme une atteinte à l’intégrité de soi. »<br />Les nouvelles méthodes d’intervention et les concepts travaillés, (la pair-aidance ou l’empowerment) doivent être les jalons avec lesquels pourra être construite une « citoyenneté post-moderne ». <br />Plus qu’un statut juridique (dont la progressive universalisation a occupé l’Occident ces deux derniers millénaires) et qu’un élément fondamental de la légitimité politique, la citoyenneté en tant que source du lien social est donc à repenser dans son intégralité : « Vivre ensemble, ce n’est plus partager la même religion ou être, ensemble, sujets du même monarque ou être soumis à la même autorité, c’est être citoyens de la même organisation politique. » D. Schnapper. <br />Cela veut dire que chacun « A » un rôle à jouer, et ne doit plus seulement « pouvoir » le jouer. Or nous « avons intériorisé l’idée de citoyenneté au point qu’elle nous parait naturelle. La formule « un homme, une voix », (…) nous semble aller de soi, elle s’impose comme une évidence ». Mais cette intériorisation n’a porté que sur la nature juridique de la citoyenneté, sur la capacité « technique » de prendre part à la prise de décision et non sur le fait que chaque individu, est, par nature, destiné, à prendre part à cette organisation. <br />Bien loin de se limiter à un simple apprentissage du fonctionnement des institutions démocratiques, intégrer les personnes accompagnées dans l’investissement de leur citoyenneté relève de la responsabilité du travailleur social. Ce n’est qu’à ce titre qu’il pourra assumer réellement sa mission, rétablissant ainsi le lien dynamique entre l’individu et la société, la politique. Parce que « La politique tend à la reconnaissance réciproque, c’est-à-dire à l’égalité… Et [que] la loi politique achève et consacre la lutte pour la reconnaissance. » E. Levinas.<br />

Mots clés :

Citoyenneté, Participation, Formation, Pédagogie

← Retour à la liste des articles