La participation en travail social : quelle pertinence pour favoriser le vivre-ensemble ?

Année : 2019

Thème : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Auteur(s) :

REYNAUD CAROLINE (Suisse) – caroline.reynaud@hefr.ch
GUERRY Sophie (Suisse) – sophie.guerry@hefr.ch

Résumé :

Depuis une quinzaine d’années, différentes instances du travail social promeuvent le droit à la participation des usagers/ères* (Dubasque, 2017). En France, les Etats Généraux du Travail Social ont décrété en 2015 que la participation de personnes concernées devait être une priorité à toutes les étapes des politiques publiques. En Suisse, de manière plus spécifique, la participation des personnes touchées par la pauvreté aux dispositifs qui leur sont destinés (conception, mise en œuvre et évaluation) apparait comme un thème politique prioritaire en 2018 (Plateforme nationale de lutte contre la pauvreté, 2019-2024).<br />Rattachée à l’idéal démocratique et au principe d’égalité (Bresson, 2014), la participation est vue comme un outil de lutte contre l’exclusion et de renforcement de la citoyenneté (HCTS, 2017). Elle est associée à la reconnaissance, à l’émancipation, au développement du pouvoir d’agir (Bouquet & Jaeger, 2017). En ce sens, elle constitue un concept théorique lié à des méthodologies et à des pratiques souvent décrites comme favorables au « vivre ensemble ». La participation permettrait la transformation de la violence en conflits démocratiques (Carrel, 2017), la création de nouveaux rapports sociaux fondés sur l’implication, la négociation ou l’échange (Herouin, 2014), et le travail sur « des oppositions qui peuvent se manifester entre des groupes aux intérêts divergents » (Ducrettet, 2016, p.132). <br /><br />Mais la participation est-elle pour autant toujours favorable et en lien avec les principes démocratiques promus ? La littérature fait état de nombreux enjeux pratiques, éthiques et sociaux tant au niveau des objectifs de la participation que des modalités de sa mise en œuvre (Bresson, 2014 ; Herouin, 2014). En effet, des risques existent en termes d’instrumentalisation de la participation par certains acteurs et actrices (Mazeaud, Sa Vilas Boas & Berthomé, 2012), de rapports de pouvoir (Gagné, 2009), d’exacerbation de la responsabilité individuelle (Soulet, 2005), de renforcement des inégalités ou des difficultés des personnes en situation de vulnérabilité (Ducrettet, 2016 ; Herouin, 2014). <br /><br />En Suisse romande, un projet d’une certaine ampleur favorisant la participation de populations précarisées est actuellement en cours : 60 bénéficiaires de longue durée de l’aide sociale sont invité-e-s à exprimer leurs besoins spécifiques et à participer à l’amélioration de leur accompagnement. Il s’agit pour ces personnes d’une opportunité de faire entendre leurs savoirs d’expériences et d’émettre des propositions concrètes quant à l’amélioration des prestations sociales. En tant que responsables du suivi scientifique de ce projet, nous souhaitons partager les questionnements qui émergent lors de l’élaboration de dispositifs définis comme participatifs : quels sont les intérêts, les risques et les limites que devraient connaître les professionnel-le-s et institutions souhaitant promouvoir la participation ? Jusqu’où et à quelles conditions de tels dispositifs permettent-ils une réelle conquête de pouvoir pour et par les personnes concernées (Loureau, 1969, dans Godbout, 2014) ? Le projet en cours ne se terminant pas avant 2020, il ne s’agit pas de présenter les résultats de son évaluation, mais davantage d’utiliser ce dispositif concret pour évoquer les enjeux liés à la participation et tenter de répondre, avec les personnes présentes lors de cette communication, à la question posée en titre. <br />* Les termes désignant les publics du travail social font l’objet de controverses ; il est notamment parfois jugé préférable de parler de personnes concernées ou ressources (CSTS, 2014). L’appellation « usager/ères » est cependant utilisée ici par souci de clarté. <br />

Mots clés :

Participation, Pauvreté, Co-construction, Empowerment

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