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Le travail des ONG dans les campements informels au Liban : complexité et ambiguïté de l’intervention

Année : 2019

Thème : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Auteur(s) :

FARCY-CALLON LéO (France) – leo.farcycallon@gmail.com

Résumé :

Le Liban est touché, depuis 2011, par une vague migratoire majeure venue de Syrie. Ces populations déplacées, pour la majorité des familles avec enfants, vivent dans une situation de vulnérabilité extrême (Rouxel, 2015). Dans ce contexte, leurs conditions de vie sont particulièrement instables en matière sanitaire, sociale et juridique. Au vu de cette situation, un nombre important d’ONG interviennent auprès de ces populations pour répondre à l’urgence de leur condition. Quels rapports entretiennent les ONG avec les membres des communautés syriennes vivant dans des camps informels ? Comment se déroule leur intervention ? Comment les organisations s’adaptent-elles à un contexte local, social et politique, très complexe ?<br />Les résultats présentés sont issus d’une recherche sur les pratiques judiciaires et d’une enquête ethnographique menée auprès des communautés syriennes vivant dans le sud du pays. L’enquête, que j’ai menée en tant que membre d’une ONG, portait sur le système de justice informel en place dans les camps et sur les modes de résolution de conflit. Les résultats de ce travail de recherche ont révélé beaucoup d’éléments quant aux relations qu’entretiennent les ONG avec certains membres des communautés syriennes.<br />La situation des Syriens vivant au Liban est complexe sur plusieurs plans. La Jordanie, la Turquie et l'Irak ont ​​rapidement mis en place des politiques d'accueil (Knudsen, A-J., 2013), mais le Liban, bien qu’il soit aussi concerné par la crise migratoire, n'a pas organisé l’accueil des Syriens. Ainsi, ils n’ont pas le statut de réfugié et sont considérés comme des « déplacés », un terme imprécis puisqu’il n’existe pas de définition juridique officielle. Le système relatif au droit de résidence est complexe. En conséquence, la majorité des Syriens sont présents illégalement sur le territoire. L’instabilité politique de certaines régions où vivent des Syriens entraîne une deuxième incertitude qu’il s’agit de prendre en compte. Après 1948 et le début du conflit israélo-palestinien, le Liban a été confronté à la permanence des camps de réfugiés palestiniens, initialement supposés temporaires (Shen, J., 2017). Pour éviter et empêcher le même scénario, le gouvernement a refusé d'autoriser la création de camps de réfugiés officiels pour les Syriens.<br />Par conséquent, les Syriens sont contraints de vivre dans des logements locatifs privés dans les villes et villages et dans des campements informels construits sur des terres privées, souvent agricoles. Ces implantations informelles se sont construites et développées massivement et mettent ces populations dans des situations de dépendance face à certains acteurs locaux. Dans certains campements, les propriétaires, les employeurs et les shawish (représentants de la communauté), étant parfois la même personne, ont une organisation des loyers et du travail s’apparentant à un esclavage ne disant pas son nom. De plus, le Liban vit une situation politique instable et on observe une désinstitutionnalisation (Hasbani, 2007) progressive de l'État. Certaines zones ont développé, avec ou sans le soutien des autorités, des gouvernances locales (Al Masri, 2016). En particulier, certains partis politiques exercent une autorité très importante.<br />Les ONG souhaitant intervenir auprès de ces communautés doivent se confronter à ce contexte local, jalonné par des enjeux de pouvoir. Il apparaît que les ONG peuvent entretenir un rapport ambivalent avec certains acteurs locaux, parfois favoriser les logiques de pouvoir, voire renforcer l’autorité de certains acteurs, notamment quand ils deviennent les intermédiaires entre les ONG et la communauté. Comment analyser ce rapport ambigu que doivent entretenir les organisations internationales, pour à la fois garantir leur présence auprès des populations vulnérables, tout en évitant de soutenir le pouvoir et l’autorité de certains acteurs ?

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