Comprendre les modalités du vivre ensemble pour mieux orienter l’intervention sociale. Les apports de la recherche pour les formations, les professionnels et les usagers (et vice versa).
Année : 2019
Thème : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Auteur(s) :
Morange Arnaud (France) – amorange@irtsnormandiecaen.fr
Résumé :
Le projet stratégique 2019-2021 de l’UNAFORIS (France), met en avant la nécessité de « favoriser l’irrigation croisée entre recherche et formation, comme valeur ajoutée transversale ». Par ailleurs, les liens entre la recherche, les formations, les professionnels et les usagers, dans la sphère du travail social, sont questionnés depuis de nombreuses années (Jaeger, 2014). Egalement, les universités dialoguent avec les organismes de formation en travail social, au point que le débat autour d’un doctorat en travail social est ouvert (Rullac et al., 2018). De plus, des universitaires interviennent au sein de nos formations, participent à nos jurys. On observe aussi que « l’universitarisation est en marche dans les formations sociales (Adé, Piot, 2018). Au centre de ces interrelations complexes - et parfois conflictuelles, le statut du chercheur en travail social reste à définir. Son originalité réside dans ses activités qui mobilisent des méthodes universitaires, en articulation avec les formations, avec les professionnels du secteur, avec les usagers. C’est ce que nous décrirons dans un premier temps. <br /><br />Mais le chercheur en sciences humaines et sociales, en particulier lorsqu’il est sociologue, est aussi celui qui observe la fragmentation du monde (Duterme, 2016), ses cloisonnements (Le Goff, 2016), qui constate et analyse les formes contemporaines d’individualisme (Dumont, 1991), de solitude à l’ère du numérique (Biagini, 2012 ; Turkle, 2015), l’émergence d’un homme supposé augmenté soutenant l’illusion transhumaniste (Rey, 2018), l’accroissement des inégalités sociales (Duvoux, 2017), la détresse multiforme des individus et des groupes (Renault, 2008). Son approche des publics de l’intervention sociale passe nécessairement par une analyse macrosociale (Durkheim, 1894), sociohistorique (Wright Mills, 1967), par l’évaluation de la nature des relations sociales et de la qualité des échanges au sein des sociétés (Mauss, 1950). Il lui revient également de repérer les équilibres, plus ou moins tenables, dans la lutte entre Eros et Thanatos (Freud, 1929), au sein des sociétés occidentales contemporaines marquées par l’incertitude et les peurs, par les violences politiques, religieuses, économiques, symboliques (Bourdieu, 1992, 1997), managériales (Gaulejac, 2005) ; de mesurer les conditions du meilleur consensus possible entre ces grandes tendances et les valeurs sur lesquels repose notamment le travail social (du moins en théorie). Les périls qui nous entourent conditionnent nos capacités d’action, y compris dans la cadre de l’intervention sociale. Cette articulation conditionnée sera traitée dans notre second point.<br /><br />Se pose alors la question des méthodes de recherche visant à articuler les tendances sociétales avec les réalités concrètes vécues par les institutions et associations dédiées à l’intervention sociale, par les travailleurs sociaux, par les personnes en demande ou en besoin. Depuis la place de chercheur que nous occupons au sein d’un IRTS, nous sommes amenés à mobiliser des méthodes et des techniques d’enquêtes éprouvées, dans le même temps qu’il s’agit, autant que faire se peut, d’associer des formateurs, des professionnels de terrain et les usagers des dispositifs étudiés. Ainsi que nous en donnerons des exemples, il nous a ainsi été donné de « jouer avec les frontières » entre la recherche académique « classique » (Juan, 1999), la « recherche-action » (Liu, 1997 ; Kaufmann, 1968), ou encore la « recherche collaborative » (Les chercheurs ignorants, 2015 ; Bourassa, 2012), pour mieux répondre aux attentes des institutions et des acteurs du travail social et médico-social. Les modalités de restitution des résultats ont aussi leur spécificité au cœur de ce montage particulier. Ces modalités de recherche constitueront notre troisième point, qui visera, en guise de conclusion, à interroger la pertinence de nos pratiques et d’envisager des perspectives pour la recherche en travail social à venir.<br />
Mots clés :
Crise sociale, Transfert des connaissances, Recherche-action, sociologie - recherche en travail social
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