« Je suis devenue plus forte »: réflexions autour d’une conception renouvelée de la vulnérabilité des femmes réfugiées et de l’intervention visant à les accompagner dans leurs trajectoires d’insertion au Québec et au Liban
Année : 2019
Thème : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Auteur(s) :
Richard Myriam (Canada) – myriam.richard.1@umontreal.ca
Résumé :
Depuis 1985, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) reconnait les femmes comme « segment vulnérable » de la population réfugiée faisant face à des « problèmes spécifiques dans le domaine de la protection internationale » et « reconnaît que ces problèmes découlent de leur situation vulnérable qui les expose fréquemment à la violence physique, aux sévices sexuels et à des discriminations » (HCR, 1985). Elles font également partie des groupes prioritaires ciblés par de nombreux États qui pratiquent la réinstallation, dont le Canada. Or, on constate une sous-représentation des enjeux particuliers que les femmes vivent dans les travaux académiques (Freedman, 2017; Anthias, 2012). Leurs parcours sont également souvent représentés en vertu de logiques binaires qui les réduisent à des figures de victimes ou de combattantes (Caron, Damant et Flynn, 2017), laissant ainsi peu de place à la compréhension nuancée de la complexité de leurs expériences de refuge et notamment des situations vulnérabilités spécifiques auxquelles elles sont exposées, comme celle de détenir la responsabilité principale du soutien de leur famille (Amnistie Internationale, 2014; Janmyr et Mourad, 2018). Même si les femmes sont identifiées comme étant « vulnérables », on constate un manque de compréhension de ce que cette « vulnérabilité genrée » signifie pour différentes femmes à travers les frontières de classe, de nationalité, d’âge, de « race » ou encore d’orientation sexuelle (Freedman, 2017). La manière de concevoir et de d’offrir les services de soutien et d’accompagnement ainsi que la protection, notamment par le biais de la réinstallation, mise donc le plus souvent sur l’évaluation des niveaux de vulnérabilité des femmes et de leur famille en fonction d’indicateurs économiques, mettant ainsi de côté plusieurs dimensions sociales et politiques de leur expérience. Ces visions éludent également le fait que pour plusieurs femmes, au-delà de constituer un site où violences et marginalisations sont imposées, les situations de vulnérabilité dans lesquelles elles se trouvent sont porteuses de changements et de transformations (Oliviero, 2016; Gilson, 2014).<br /><br />Cette communication présente les résultats d’un mémoire de maitrise réalisé à partir des récits de vie de 12 femmes réfugiées d’origine syrienne détenant la responsabilité principale du soutien de leur famille en contexte québécois et libanais. Elle propose une vision renouvelée de la vulnérabilité genrée, ancrée dans l’approche féministe transnationale (Oliviero, 2016; McLaren, 2017; Mohanty, 2003; Abu-Lughod, 2008). La présentation mettra l’accent sur les éléments de changement et de continuité amenés par les femmes afin 1) de documenter leurs expériences de refuge en tant que femmes détenant la responsabilité principale du soutien de leur famille ; 2) de proposer des réflexions portant sur la manière dont on peut repenser la vulnérabilité dans le cadre des pratiques d’accompagnement de ces femmes au sein des pays qui les accueillent. Nous rejoignons ici l’axe 2 du colloque en nous penchant sur un concept central en travail social et en matière de gouvernance internationale des personnes réfugiées – la vulnérabilité – afin de proposer une conceptualisation et des pratiques d’intervention qui aspirent à amener un changement au sein de système sociaux (famille, école, quartier, communauté, religion, État) afin d’éviter reproduire des rapports d’exclusion, de subordination et de victimisation.
Mots clés :
Femmes, Féministes, Réfugiées ; Vulnérabilité
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