Les représentations des personnes prestataires d’un revenu d’assistance sociale au Québec.<br />
Année : 2019
Thème : Une analyse dans le contexte de la réforme politique du programme d’aide sociale de 2015-2016.
Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Auteur(s) :
MAUGERE AMÉLIE (Canada) – amelie.maugere@umontreal.ca
GREISSLER Elisabeth (Canada) – elisabeth.greissler@umontreal.ca
Résumé :
Au Québec, la réforme de la politique de l’aide sociale, annoncée par le gouvernement libéral en janvier 2015 et adoptée définitivement par le parlement le 10 novembre 2016, a été très controversée. Entre ces deux dates, les acteurs de l’intervention sociale se sont largement mobilisés, ce qui a permis de médiatiser un certain nombre des enjeux sociaux et politiques de cette réforme auprès de l’opinion publique. D’autres acteurs sont intervenus dans ce débat : des élus politiques, des chercheurs, des éditorialistes, des représentants de milieu entrepreneurial et de simples citoyens. La mesure politique au cœur de la controverse est celle prévoyant des sanctions faisant diminuer la prestation de base mensuelle de l’aide sociale de manière drastique en cas de manquements à des engagements à un plan d’intégration en emploi. Nous retrouvons dans les médias la trace de ce débat entre des partisans d’une approche punitive et ceux qui s’y opposent. <br /><br />Pour comprendre la manière dont s’est structurée cette controverse, nous avons collecté l’ensemble des articles d’opinion (tribunes politiques et militantes, tribunes d’éditorialistes, courrier des lecteurs) parus dans trois journaux de masse québécois durant le temps qu’ont duré les discussions politiques autour de cette réforme, soit entre 2015 et 2016, nous permettant de constituer un corpus de 146 articles. Dans cette communication, nous porterons le focus sur les représentations des personnes bénéficiaires d’une prestation d’aide sociale à partir des concepts de l’approche cognitive des politiques publiques (Muller, 2005). <br /><br />La réforme de l’aide sociale a entraîné la mobilisation politique de nombreux acteurs qui ont opéré un choix stratégique parmi un ensemble de savoirs et valeurs disponibles ainsi que parmi des formes rhétoriques possibles. Selon Muller, « un acteur ne pourra pas construire n’importe quel système de croyance en fonction de ses besoins stratégiques. Le référentiel d’une politique, ce n’est pas seulement des idées mais des idées en action » (Muller, 2004, p, 376). Notre analyse nous a permis de voir comment des groupes d’acteurs s’autorisent ou non à s’affranchir des valeurs de « responsabilité individuelle » et de « travail productif rémunéré » qui dominent les sociétés fondées sur un système de production capitaliste et une idéologie libérale (McAll, 2009 ; Esping-Andersen, 1999). <br /><br />Notre travail empirique aboutit à un résultat surprenant, soit le fait que, par-delà les divergences d’opinion qui peuvent s’exprimer au sujet de la réforme, l’ensemble des discours produits converge pour identifier une figure stéréo-typique : un individu qui est défini par sa « vulnérabilité » (Châtel et Roy, dir, 2008). S’il y a des dissensions sur les sources de cette vulnérabilité (personnelle ou structurelle), celle qui a pour origine des déficits psycho-éducatifs domine les débats. <br /><br />Après avoir présenté notre cadre théorique qui puise dans un modèle post-structuraliste, postulant que les discours sont à la fois contraints et contraignants par et pour les pratiques/structures sociales et la construction identitaire du sujet (Foucault, 1978 ; Mouffe, 2000 ; Butler, 2002 ; Pires, 2004), et après avoir exposé les principaux résultats de notre recherche, nous esquisserons quelques pistes de réflexion de philosophie politique (Karsenti, 2013) pour concevoir les stratégies militantes les plus cohérentes avec une perspective de travail social, à la fois comme discipline et comme pratique professionnelle (Association internationale des écoles de service social, 2014). La diversité des points de vue que portent à la fois le travail social sur ses « objets » et les acteurs de l’intervention sociale sur les situations particulières dans un contexte d’intervention (Turcotte, 2009 ; Couturier et Dumas-Laverdière, 2008 ; Karsz, 2004) et le souci d’agir en « reliant » ces différents points de vue (Karsz, 2004) sont des dimensions épistémologiques et éthiques du travail social qui guideront notre théorisation de ces stratégies. <br />
Mots clés :
Bénéficiaire, Politique sociale, Épistémologie, Stratégies politiques et militantes
← Retour à la liste des articles