Rendre compte de la maltraitance des enfants par l’image cinématographique ; enjeux pour le travail social et ses formations
Année : 2019
Thème : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Auteur(s) :
MÉNOCHET Laurent (France) – lmenochet@irtsnormandiecaen.fr
Résumé :
Cette communication propose de poser un regard sur la question sociale de l’enfance en danger dans le cinéma. Quels sont les enjeux, l’intérêt et les limites de l’utilisation des images produites sur ce thème dans les établissements de formation en travail social, tant au niveau des formations que de la recherche ? Travaillés dans les formations, les films peuvent être pris comme des espaces de mise en perspective de la complexité du réel et de nos sociétés. Ils sont “des supports favorisant l’identification et l’implication” (Hélias et Labarre, 2018), et, en ce sens, servent le travail social et ses acteurs. <br /><br />Notre réflexion partira d’un film libanais sorti sur les écrans en 2018, “Capharnaüm” (prix du jury au festival de Cannes), réalisé par Nadine Labaki, et dont l’objet principal est de rendre compte de la situation d’enfants de familles pauvres libanaises et d’enfants de réfugiés dans un quartier de Beyrouth. <br /><br />Un film juste ou juste un film ?<br /><br />Le film “Capharnaüm”, qui montre le quotidien d’une famille pauvre, puis le parcours chaotique d’un jeune garçon - qui choisit de vivre à la rue plutôt que dans cette famille maltraitante - dénonce à la fois une crise sociale, une crise culturelle et une crise migratoire. Ce film de fiction est une critique forte et sensible de la situation des enfants de la rue à Beyrouth. Nous analyserons en quoi le film essaye d’être une image juste de la réalité. Nous verrons ce qu’il dit de la société libanaise, de son système social et judiciaire, et comment il prend en compte les questions migratoires si prégnantes au Liban.<br />Nous verrons également, à partir de la question de la judiciarisation de la responsabilité parentale, que le film, en donnant la parole à un enfant sur une scène médiatique et juridique, est une tribune pour la cinéaste-avocate se posant en défenseure des droits de l’enfant.<br /><br />Le cinéma a depuis longtemps représenté l’enfance en danger. Pensons au “Kid” (1921) de Chaplin, comme l’une des premières figures cinématographiques d’enfants des rues. C’est “la condition tragique de l’enfant au cinéma” (Babin, 2016) qui vient frapper le regard des adultes. Il est notable d’observer qu’à Cannes, en 2018, ce sont deux films mettant en scène des enfants et posant la question de la parentalité qui ont été primés (le second étant la Palme d’or). Le “cinéma social” traitant de la question de l’enfance a-t-il vocation à faire évoluer les représentations et les pratiques en travail social ? Le poids de l’image est-il de nature à transformer le regard des citoyens et plus précisément des travailleurs sociaux et des décideurs ? Pour ce qui relève de l’enfance en danger, quelles questions ces images posent-elles d‘un point de vue général à nos sociétés plurielles, au vivre ensemble, et plus particulièrement au travail social ? Mais donner à voir, questionner, interpeller, dénoncer, si cela est revendiqué par des cinéastes, n’est-ce pas aussi une posture possible du travailleur social ? <br /><br /> 1. “Une affaire de famille” de Hirokazu Kore-eda. Palme d’or au festival de Cannes 2018.<br /><br />
Mots clés :
Question sociale, Responsabilité, Crise sociale, Enfance en danger, Cinéma , Protection de l'enfance
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