Enfants allophones et issus de l’asile à l’école : la contribution des travailleurs sociaux au vivre-ensemble dans les temps interstitiels

Année : 2019

Thème : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Auteur(s) :

SANCHEZ-MAZAS Margarita (Suisse) – margarita.sanchez-mazas@unige.ch

Résumé :

Lorsque des enfants allophones intègrent l’école, leurs parents et eux souffrent d’un double handicap, que l’on voudrait transitoire : celui de ne connaître ni la langue, ni le système scolaire du pays d’accueil. L’école met alors en place des dispositifs censés faciliter cette intégration. Dans le canton de Genève (Suisse), l’école primaire scolarise les enfants venus d’ailleurs dans les classes correspondant à leur classe d’âge. S’ils ne maîtrisent pas la langue véhiculaire et ont plus de 7 ans, ils sont scolarisés pour une durée de 12 mois à mi-temps en classe dite ordinaire et à mi-temps dans une classe d’accueil leur permettant d’acquérir le français et certains codes scolaires. Ces dernières années des classes d’accueil à plein temps ont été créées dans certains établissements accueillant des élèves peu ou pas scolarisés souvent issus de l’asile. Ces dispositifs répondent à une volonté déclarée de réduire les inégalités, qui se heurte à certains écueils comme la difficulté pour les enseignants de gérer ce qu’ils perçoivent comme une complexité accrue, la méconnaissance des parcours et conditions de vie de ces enfants et leurs parents, le manque d’attention porté parfois au passage d’une structure à l’autre au quotidien et dans la durée, la stigmatisation souvent attachées à ces structures et l’incertitude liée plus spécifiquement au statut de requérant d’asile. <br />Au-delà de ce qui passe en classe, le vivre-ensemble à l’école se décline aussi dans les temps et les espaces interstitiels : entrée et sorties de classe, récréations, repas et devoirs surveillés, qui pourraient représenter des lieux d’intégration. Cette communication se propose d’étudier dans quelle mesure ces temps interstitiels permettent ou non un vivre-ensemble « déségrégué » et quelle est la contribution des acteurs tiers partenaires de l’école, éducateurs-éducatrices, assistant∙e∙s socio-éducatif∙ve∙s, bénévoles à ce vivre-ensemble.<br />Les données à la base de cette réflexion sont issues d’une recherche portant sur la scolarisation des enfants de familles ayant demandé l’asile à Genève. Nous avons recueilli les expériences de certains acteurs clé, acteurs institutionnels, professionnels et bénévoles dans leur travail avec les enfants scolarisés à l'école primaire et leurs familles. En outre, nous avons rencontré des responsables institutionnels ou issus des milieux associatifs, ayant ou non un ancrage dans les établissements ciblés, tous concernés à divers titres par les problématiques des enfants ou des jeunes du domaine de l’asile. Des entretiens semi-directifs ont été menés avec ces différents acteurs (éducateurs, civiliste, acompagnatrices scolaires, tuteurs, responsable d'aide aux devoirs en foyer d'hébergement, etc.), complétés par des observations en classe d’accueil, lors de temps de travail collectif entre professionnels scolaires, lors de temps de devoirs surveillés et lors de certains temps interstitiels comme l’arrivée à l’école le matin. La recherche a débuté en 2015 et se poursuit actuellement.<br />Les données montrent que l’action des intervenants socio-éducatifs permet de réduire certains écueils : elle contribue à une meilleure connaissance des élèves et leurs familles et permet à ce titre de lutter contre certains préjugés ; elle accompagne au propre et au figuré les parents sur le chemin de l’école, mais aide aussi les enseignants à aller à la rencontre des parents. Des actions sont entreprises sur les lieux de vie dans le sens de faciliter l’intégration dans le quartier, d’autres menées au niveau du parascolaire participent au vivre-ensemble dans le monde scolaire. Certains freins sont toutefois identifiés : les frictions dues à des valeurs professionnelles divergentes, le manque de temps disponible, l’instabilité du statut de requérant d’asile qui entraîne une instabilité des postes liés à l’intervention auprès de cette population, le manque de coordination interinstitutionnelle et le décalage entre mandats institutionnels, marge de manœuvre et valeurs des intervenants sur le terrain, tension entre bénévolat et professionnalité.<br />

Mots clés :


← Retour à la liste des articles