Travail social, néolibéralisme et comment s'en sortir

Année : 2019

Thème : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Auteur(s) :

Limbach-Reich Arthur (Luxembourg) – Arthur.Limbach@uni.lu

Résumé :

Cette communication fait suite à la discussion lancée lors de la dernière conférence de l'AIFRIS à Montréal (2017), qui a abordé les défis du travail social dans le contexte des discours sur l'inclusion. Nous continuerons cette discussion avec la question de "vivre-ensemble" en "sociétés plurielles" face à la mondialisation du néolibéralisme et le rôle que le travail social peut y jouer.<br />Le travail social est non seulement exposé au danger de n'observer et de commenter que les griefs face à la multitude de mécanismes d'injustice, d'exclusion et de contrôle sociaux (AIFRIS 2018), mais il risque aussi de plus en plus d'être conquises par le "turbo-capitalisme" (Galuske 2012). D'un point de vue néolibéral, le travail social doit non seulement se consacrer à la solution des problèmes sociaux, mais aussi tenir compte des aspects de l'économie de marché, être peu coûteux et très efficace afin de pouvoir contribuer à la croissance économique. La réception insuffisante de la construction néolibérale de l'être humain autonome et autodéterminé a conduit à l'adoption glissante d'une image comportementale et auto-optimisant de l'homme qui, par conséquent, est considéré comme responsable de son problème (Seithe, 2012). Cependant, avec la persistance et la généralisation du néolibéralisme, un écart toujours plus grand s'est creusé entre "pauvres" et "riches", entre ceux qui bénéficient du système et ceux qui sont dans une détresse sociale croissante. Müller, D. (2018, 51), qualifie cette situation de klepocratie occidental où les riches et puissants utilisent leur pouvoir exclusivement pour leur propre bénéfice, s'enrichissent sans scrupules au détriment du public, et comme ils ne connaissent pas de résistance, le font toujours davantage.<br />Dans le pire des cas, une lutte s'engage alors entre les groupes dans le besoin, une discussion sur les prestations injustement perçues avec pour conséquence l'exclusion de certains groupes (par exemple, les migrants ou les personnes considérées comme peu motivées à l'emploi). Ce qui, à son tour ne tend seulement pas à gommer toute dimension de responsabilité sociétale mais, peut produire une nouvelle poussée néolibérale: la disqualification et la stigmatisation des désavantagés du système.<br />Que peut faire le travail social pour y répondre?<br />Si le modèle néolibéral est devenu leader dans la région anglo-saxonne, Savignat (2009) ne voit pas encore un changement aussi radical en France. Cette distinction peut être intéressante pour le lieu actuel de la conférence, car Mokeddem, (2018) voit une distinction entre les pays arabes avec un travail social orienté plus français et ceux avec une orientation plus anglo-saxonne. <br />Savignat souligne le rôle du travail social comme véhicule d'orientation axée sur les valeurs et parle de la fonction de l'interpellation auprès de l'opinion publique du travail. Le travail social selon Staub-Bernasconi a un triple mandat, qui se réfère au 1) soutien individuel d'une personne en détresse, 2) prend en compte les intérêts généraux de la société et les exigences de contrôle associées, et 3) est attaché à une dimension éthique et scientifique. Il s'agit, en particulier dans l'accomplissement du troisième mandat, de créer une solidarité sociale entre les classes dites inférieures et moyennes, comme Alinsky l'avait déjà appelé au début des années 70 pour faire émerger des changements sociaux.<br />Cependant, le travail social doit encore s'adapter à de futurs changements lorsqu'il s'agit de promouvoir la solidarité et la vie ensemble: Yuval Harari (2017) traite également de la compulsion de l'abolition du travail face à la soi-disant quatrième révolution industrielle, qui est associée au slogan de la numérisation. En conséquence, on peut s'attendre, d'ici deux décennies, à un remplacement massif de l'activité humaine par des machines intelligentes. Frey et Osborne s'attendent à ce que presque un poste de travail sur deux (47%) soit remplacé par l'informatisation. Cette évolution va aussi changer radicalement le travail social. Le débat sur un revenu de base inconditionnel prend progressivement de l'ampleur. Le découplage de la protection des moyens de subsistance et de l'emploi rémunéré conduira à une réorientation du travail social, qui, à l'heure actuelle, est encore intensivement pris dans la bande néo-libérale de la promotion et de la demande à l'automne. Le travail social doit être réajusté pour s'éloigner d'un projet de vie orienté exclusivement vers l'emploi rémunéré. <br />En conclusion sera posée la question de savoir quel travail social apportera l'avenir: Une orientation néolibérale de plus en plus aiguë ou un travail social 4.0 qui apporte une sécurité de base à tous les membres de la société ? La présentation se terminera par une tentative de montrer des scénarios de travail social futur et comment ceux-ci peuvent être repris dans les programmes de formation actuels.

Mots clés :

Individualisation des problèmes sociaux, Cohésion sociale, Intégration, Néolibéralisme

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