Vivre ensemble quand il faut partager l’autorité envers les enfants, point de vue des employées domestiques au service des familles en Suisse romande.
Année : 2019
Thème : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Auteur(s) :
ANDERFUHREN Marie (Suisse) – marie.anderfuhren@hesge.ch
Résumé :
La proposition repose sur une recherche exploratoire menée en Suisse romande à la fois auprès de parents déléguant à des employées domestiques la garde et la charge de leurs enfants et auprès des domestiques (Pache-Huber, Anderfuhren, 2016). Nous y examinons le cœur du travail des domestiques à partir des tâches et responsabilités qu’elles ont envers les enfants qu’ont leur confie au domicile des parents spécifiquement ; plus particulièrement comment au travers de ces tâches et la manière de les accomplir, les domestiques construisent un vivre ensemble leur permettant 1) d’être reconnues dans leur fonction par les enfants et par les parents, 2) de participer à la construction d’un environnement suffisamment sécure et pacifique pour qu’elles puissent accomplir l’ensemble des responsabilités découlant de ce qui leur est délégué. Ce faisant, notre propos s’appuie, tout en s’attachant à analyser un aspect singulier des relations crées par ce care domestique, sur des travaux s’attachant à décrypter la domesticité sous l’angle des conditions de travail de ses travailleuses, de la migration (Parreñas, 2001) et du transfert du care dans le cadre de la globalisation (Hochschild, 2004) des fragilités statutaires (Carreras, 2008) voire de leur organisation (Schwenken, 2011) ou encore de leurs stratégies identitaires (Carbajal, 2004).<br />Un angle d’approche particulièrement propice pour l’analyse de ce vivre ensemble est d’examiner comment l’employée construit l’autorité qu’elle doit déployer auprès des enfants qu’on lui confie et comment elle navigue elle-même entre agir subordonné et agir autonome. Nous examinerons premièrement ce qui est constitutif de l’Autorité (Arendt,1989, Renaut, 2004, Rey, 2014 ; Parazelli & Ruelland, 2017 ) et de l’autorité dans la relation adulte enfant, notamment en montrant comment l’autorité implique, pour qu’elle soit reconnue, la construction d’un lien de confiance, qui comme le montre Marzano (2010), implique d’accepter d’être dans une position vulnérable. Cette vulnérabilité s’ajoute à celle du statut et à celle liée à la durée limitée de leur engagement. Pourtant par leur position décalée dans l’ordre familial, mais observatrice des relations qui se nouent au cœur de la famille, les employées domestiques, puisant aux expériences qu’elles ont eues dans leurs propres environnements, ont une approche parfois critique de l’exercice de l’autorité au sein des familles qui les emploient. Elles rejoignent en ce sens des critiques faites à l’exercice actuel de l’autorité (par ex : Delecourt, 2005) mais en insistant sur ce que leur « héritage culturel » leur indiquent en fait de bon usage de l’autorité. Elles insistent sur le temps et la constance nécessaires à l’instauration d’un rapport d’autorité et ont, à cet égard, des préférences quant au profil des enfants confiés, analysant quelles sont leurs possibilités de s’imposer dans cet univers familial tiers. Mais on verra également quelle part prend l’affectivité voire l’amour (Molinier, 2013) dans cette « production » de l’autorité. Nous mettrons également en évidence leurs stratégies visant à se différencier des parents, conscientes qu’elles sont pour la plupart, que l’autorité, lorsqu’elle est déléguée, est en quelque sorte « prêtée » ; puisque hormis les parents, aucune institution tierce ni aucune formation reconnue ne légitime véritablement cette autorité, limitée dans le temps et indispensable. <br />
Mots clés :
délégation parentale; autorité; domesticité;
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