Les formes de solidarités sociales et familiales, à l’épreuve de la question économique et religieuse en Algérie

Année : 2019

Thème : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Auteur(s) :

MANAA Ammar (Algérie) – manaa.ammar@yahoo.fr

Résumé :

Le dispositif de l’intervention sociale en Algérie a connu des transformations profondes, conséquence de l’émergence de problèmes socio-économiques, liés notamment au passage d’une économie « socialiste » à une économie « capitaliste ». Cette transition a engendré de nouvelles formes de précarité tout en favorisant l’émergence d’une société inégalitaire. Ce contexte a entrainé une rupture des solidarités intergénérationnelles, le rétrécissement de la famille élargie tendant à céder le pas à la famille réduite et accentuant de la sorte l’isolement des personnes. Les personnes les plus touchées sont les plus âgées, participant ainsi à créer une problématique nouvelle : une déchirure du « pacte familial » et du modèle traditionnel qui les protégeait jusqu’alors. Ce modèle de solidarité dit familialiste était caractérisé par un faible niveau de protection sociale, naturalisant une exigence forte à l’égard du devoir des familles et du réseau de parenté élargi. Rappelons ici que, dans les pays du Maghreb, la tendance des personnes âgées à cohabiter avec leurs enfants était importante.<br />Ce modèle de solidarité sociale et familiale a de fait subi des transformations suite à ces différentes mutations, affectant ainsi les relations entre les générations parmi lesquelles : les mutations sociales (affaiblissement des liens communautaires, transformation de la famille), les mutations démographiques (vieillissement de la population, allongement de l’espérance de vie), les mutations de styles de vie et les mutations économiques et politiques (taux de croissance de l’économie, place de l’État, financement du système de retraite, difficulté d’insertion des jeunes en termes de travail et de logement). <br /> Cette forme de solidarité qui était basée sur l’entraide et l’adhésion aux mêmes valeurs traditionnelles renforcées par la doctrine religieuse, touchent notamment les personnes âgées bénéficiant d’une prise en charge par les membres de la famille. Cette solidarité familiale renvoie au lien moral qui unit les individus à un même groupe, formant le ciment de la cohésion familiale et sociale. Rappelons à cet égard que, « lorsque la société ne les a pas dotés d’un système d’assurance contre les risques de la vie à visée universelle, les hommes restent plus ou moins dépendants des protections données par leurs différents cercles sociaux » <br />On assiste aujourd’hui en Algérie à l’effritement des liens de solidarité entre les membres de la famille et surtout à l’émergence des institutions étatiques de prise en charge des personnes se trouvant dans une situation de précarité. Sur la base de ce déficit des solidarités traditionnelles, l’Etat réfléchit actuellement aux solutions possibles pour les contrecarrer, s’inspirant de modèles européens qui à ce jour s’avèrent peu investis et inaboutis. <br />A partir de cette décomposition des solidarités familiales ou amicales dans un contexte politico-social nouveau, comment de nouvelles solidarités émergent, sous l’impulsion notamment de la société civile et l’engagement des associations, ouvrant aussi le risque que l’espace religieux politisé s’empare à nouveau de la question sociale ?<br />A partir d’un travail d’enquête mené sur trois wilayas, cette proposition permettra de restituer des expériences imaginées et conduites par des citoyen(ne)s indépendant(e)s, mais aussi par des associations non financées par l’État, qui opposent au modèle étatique un nouveau modèle, démontrant ainsi que la ressource est l’entraide et la solidarité. Cette dynamique permet de surcroit et en se diffusant, de se constituer comme rempart face à des organisations religieuses qui, comme ce fut le cas dans l’histoire de l’Algérie, se présentent comme porteuses de valeurs supposées laïques et désintéressées, de solidarité et d’entraide.<br />

Mots clés :

Crise économique, Politique sociale, Protection sociale

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