Innovations sociales et méthodologie participative : un vivre-ensemble fondé dans les savoirs issus de l’expérience<br />

Année : 2019

Thème : Territoires et identités revisités au travers d’un processus de recherche-action participative co-construit par des agents professionnels locaux et des collectifs d’aînés

Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Auteur(s) :

LELEU Myriam (Belgique) – leleum@helha.be

Résumé :

Une recherche participative menée avec des aînés soutient-elle le vivre-ensemble ? En quoi répond-elle aux enjeux d’une société en construction, luttant contre les identités fragmentées, transcendant les différences dans une dynamique collective revisitée ? Quels sont les outils méthodologiques propices à un dispositif participatif ? Quels en sont les effets pour les participants, la société civile, les élus, les administrations locales, l’équipe mandatée pour accompagner le projet ? <br /><br />Vivre-ensemble dans une perspective multiculturelle et intergénérationnelle, c’est bien un des enjeux de la recherche-action participative, Wallonie Amie des Aînés (WADA), coordonnée par l’Université catholique de Louvain (Faculté d’architecture, d’ingénierie architecturale, d’urbanisme) et l’AViQ (Agence pour une vie de qualité de la Région wallonne). Ce programme s’inscrit dans un cadre plus large, visant un vieillissement actif et en santé, construit par l’OMS dès le début des années 2000. Il se développe actuellement en Wallonie et concerne une quarantaine de communes.<br /><br />Une expérience-pilote menée auprès de six communes a permis de démontrer l’efficacité d’un mécanisme participatif, voire collaboratif selon les étapes du processus. Si lors des premières étapes, c’est la dimension participative qui domine, celle-ci se transforme en collaboration lorsque les aînés prennent pouvoir sur ce qui les concerne, en s’appropriant le travail effectué, en affirmant leur autonomie et capacité d’agir. De sujets volontaires, prêts à participer à une étude, ils se transforment en « acteurs compétents » (Giddens, 1987, cité par Lapointe & Morrissette, 2017, p. 10), en situation de capabilité de moduler les politiques publiques par des actions concrètes visant leur qualité de vie et par effet ricochet, celle de toute personne confrontée à un problème de mobilité, d’isolement, de précarité, voire à tout habitant de la cité. D’invisibles, les aînés, en s’associant ou en s’inscrivant dans des collectifs existants comme les Conseils Consultatifs Communaux des Aînés, deviennent visibles ; ils se présentent comme des insoumis, non pas révoltés, mais relais, ponts entre les générations, participant à une société en devenir.<br /><br />Il s’agit bien d’un travail de recherche qui a toutefois des implications avec une forme d’activation du social, non pas un social activé par obligation mais un social dans lequel s’engagent sur base volontaire des aînés de tous âges, de toutes conditions sociales et de santé, des élus, des acteurs locaux, des travailleurs sociaux, etc. La posture du chercheur elle-même acquiert une dimension particulière : il ne s’agit pas tant ici de rester dans une position extérieure à l’objet de la recherche mais plutôt d’accompagner des personnes dans la construction d’idées, de les soutenir dans la conscientisation du développement de leur pouvoir d’agir. Le chercheur devient ainsi un accompagnateur, un médiateur, parfois en repli, lâchant prise face à la force d’un collectif qui s’affirme.<br /><br />La présentation s’axera sur les outils de la recherche-action co-construits avec les aînés, entretiens qualitatifs, focus-groupes et diagnostics en marchant, avec une attention particulière pour les diagnostics en marchant, véritables activateurs d’affirmation identitaire, moteurs d’appropriation et soutien de liens sociaux intra- et inter-générationnels. Elle démontrera comment à travers les méthodes de diagnostic, l’élaboration de plans d’action et leur mise en oeuvre, les aînés agissent sur des problèmes de mobilité et des questions d’inclusion sociale. <br /><br />La recherche, à la fois source d’action et d’analyse, se met ainsi au service de pratiques sociales reconfigurées en s’intéressant la mise en mouvement d’aînés qui s’inscrivent en porte-à-faux par rapport à une perspective stigmatisante et discréditante, celle d’un sort peu enviable consistant à vieillir et mourir dans l’isolement et la dépendance, en devenant porteurs d’innovations sociales, en entrant pour un temps dans l’esprit de la recherche, observant des habitus et pratiques les concernant pour créer, renforcer un « Nous » agissant dans la société civile.<br />

Mots clés :

Participation, Co-construction, Citoyenneté, Territoire, génération, identité, développement du pouvoir d'agir

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