Contrôler, sélectionner, protéger : le triple prisme des politiques d’immigration et de l’asile en Europe
Année : 2019
Thème : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Auteur(s) :
DUVIVIER Emilie (France) – emilie.duvivier@institut-social-lille.fr
Résumé :
Depuis des siècles, des personnes aux profils diversifiés migrent, quittent leur pays et reviennent, traversent les frontières et s’installent dans différents espaces. Comprendre cette longue histoire des migrations nécessite d’interroger la nature des mouvements de population et d’appréhender ses zones d’ombre, celles qui ont été oubliées ou invisibilisées dans la construction du récit. Pour autant, cette histoire plurielle des migrants internationaux en Europe ne saurait également être appréhendée sans la situer dans les contextes sociaux et politiques dans lesquels elle se construit, et sans analyser la transformation des relations entre les individus, les groupes et la société dans laquelle ils évoluent. La fin du XIXe siècle fait figure de période de rupture dans la manière de considérer le fait migratoire. Alors que l’immigration était jusqu’alors restée absente des discours politiques et que les réfugiés bénéficiaient de l’hospitalité et des soutiens de la société civile, le XIXe siècle marque en effet un tournant important dans l’histoire de l’immigration et de l’asile. Ce n’est qu’à la fin de ce siècle qu’apparurent les premières tentatives d’encadrement de l’entrée et de l’installation des étrangers dans les états européens. En France, l’Etat « libéral » devient Etat protecteur et protectionniste en instaurant un ensemble de mesures visant à enregistrer, quantifier, réglementer et contrôler les étrangers sur son territoire. L’étranger, perçu jusqu’alors comme une composante des classes laborieuses, devient problème, érigé comme une menace pour la nation. <br /><br />Opposition entre le national et l’étranger, problématisation de l’immigration, stigmatisation et criminalisation des « autres » jugés indésirables, ces questions qui se posent avec acuité aujourd’hui dans le débat public, s’enracinent dans des tendances anciennes en Europe occidentale. Quels sont les fondements des dispositifs de mise à l’écart, chargés d’assister et de surveiller ces Autres, mais aussi de protéger la société contre les risques sociaux que ces derniers étaient susceptibles de représenter ? Nous nous proposons dans cette communication de nous intéresser au processus de construction de cette altérité radicale en réfléchissant aux conditions d’émergence de cette idéologie de « triage » (Green, 2002) que développent les Etats à l’égard des populations non choisies.<br />
Mots clés :
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