Former ensemble pour un monde incertain

Année : 2019

Thème : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Auteur(s) :

DEVIEILHE Dominique (France) – ddevieilhe@irtsnormandiecaen.fr

Résumé :

Ancien formateur (à la retraite depuis très peu de temps lorsque je participerai au congrès de l’AIFRIS au Liban), je précise d’emblée que j’intervenais principalement dans les formations d’Educateur Spécialisé, de Moniteur Educateur et de cadre. Quant à mon exercice professionnel en tant qu’éducateur spécialisé, avant mon arrivée dans un établissement de formation sociale, il aura été marqué par une pratique engagée dans un service de prévention spécialisée. <br />Bien avant que l’on parle comme aujourd’hui de la question de l’accueil des migrants, les quartiers sensibles dans lesquels j’ai exercé connaissaient déjà les questions posées par « un vivre ensemble pour un monde incertain » comme l’a nommé dans un ouvrage paru en 2015 Serge Paugam. Ce « faire société » (Donzelot) a toujours reposé sur deux valeurs essentielles et éthiquement fondamentales : la reconnaissance et la protection. Entre générations, entre populations issues de l’immigration, entre travailleurs et chômeurs souvent à parité quantitativement, il était au cœur de nos préoccupations pour notre « accompagnement social et éducatif spécialisé » dans notre pratique d’éducateurs. Il en va de même aujourd’hui pour les collègues qui travaillent avec les migrants.<br />Aujourd’hui, c’est en tant que Président de l’Association Itinéraires, dont les missions sont principalement tournées vers le droit des femmes (protocole départemental de lutte contre les violences faites aux femmes, dispositif Ac’Sé lié au phénomène prostitutionnel) et en direction de l’accompagnement des personnes migrantes (CADA, CPH, Accueil de Jour pour familles et enfants, maraudes en direction des Soudanais souhaitant rejoindre la Grande Bretagne par Ouistreham) que je me positionne.<br />Il m’était fréquent d’aborder tous ces sujets avec les étudiants et ce sont eux que je souhaite développer dans cette communication car ils continuent à me tenir à cœur dans mes nouvelles fonctions :<br />-Comment comprendre et faire comprendre aux intervenants sociaux les tensions visibles dans notre société sur ces réalités observables en Normandie comme ailleurs, concernant l’accueil des migrants, mais du fait de la proximité des phénomènes vécus à Ouistreham, ville côtière à 15 kilomètres de Caen ?<br />-Comment contribuer à préparer des professionnels aux réalités d’un accompagnement quotidien de ces personnes migrantes, inscrit dans un accueil inconditionnel et avec souvent la réalité d’un « bas seuil d’exigence » (Furtos) tentant de répondre aux demandes d’un « ici et maintenant » et au respect de leurs droits fondamentaux (Maslow) ? Et ce, souvent bien loin de ce qui leur est enseigné depuis l’application des outils de la loi 2002-2 et des projets individuels par exemple.<br />Je m’appuierai pour ce faire sur l’expérience récente de la mise en place d’une maraude à Ouistreham, assurée plusieurs fois par semaine par l’association Itinéraires et la Croix Rouge. Plusieurs centaines de personnes cherchent à passer depuis plus d’une année en Grande Bretagne, au rythme des départs des ferrys plusieurs fois par jour. Ce sont essentiellement des Soudanais, qui ont fui un pays en guerre civile, anglophones ou arabophones, et qui ne souhaitent pas rester en France en instruisant ici une demande d’asile. Ils refusent ainsi en grande majorité les possibilités proposées à Caen de dormir, de manger et de recevoir des soins si nécessaire dans des dispositifs dédiés à cet effet. Ils dorment ainsi dehors, ou chez certains habitants de Ouistreham. <br />Enfin, je souhaite également questionner (et ce, plutôt dans l’argumentaire présenté dans l’axe 2 de cet appel à communications, intitulé « la lutte contre les inégalités et la défense des droits des minorités ») la place accordée (ou déniée) aux populations migrantes dans notre pays. J’évoquerai notamment les effets prévisibles du décret Blanchet (janvier 2019) sur les contrôles d’identité, désormais possibles, des migrants sur des territoires aux abords des ports transmanche (10 km autour de Calais, 5 km autour de Dieppe, Ouistreham, Cherbourg, Saint-Malo, etc.), par les services de police ou de gendarmerie en dépit de l’absence de délits constatés.<br />

Mots clés :


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