Le cadre éducatif à l'épreuve des "mutants"<br />
Année : 2019
Thème : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Auteur(s) :
UDRESSY Olivier (Suisse) – olivier.udressy@eesp.ch
GOLAY Dominique (Suisse) – dominique.golay@eesp.ch
Résumé :
Dans un contexte de reconnaissance des individus dans leur singularité, l’accompagnement des publics du travail social tend à inscrire la négociation comme principe phare et incontournable de toute intervention. En ce sens, l’accompagnement est tout à la fois une notion marquant un changement de paradigme éducatif – faire un bout de chemin avec plutôt que d’agir sur - et une norme professionnelle signifiant un nouveau rapport aux individus caractérisé par une « symétrie » dans la relation. A ce titre, il permet et favorise une adaptation de l’intervention aux parcours et aux identités individuelles et par conséquent, un respect de la diversité au sens de Taylor (1992). Dès lors, l’accompagnement en tant que mode d’intervention semble répondre à la prise en compte de la pluralité sociale et culturelle présente dans le travail social. Or, ce souci du respect de la diversité, dans les lieux d’hébergement collectif accueillant des adolescents a pour corollaire une fragilisation des cadres de référence communs (Lebbe-Berrier, 1998).<br /><br />Dans ce contexte, la relation tend à se substituer au cadre éducatif comme moyen d’instaurer une proximité avec chaque mineur accueilli et, par là, de gérer le collectif. C’est donc bien par et à travers les liens spécifiques établis avec chacun des membres du groupe de vie que la vie collective est envisagée. Cette approche du vivre ensemble indexée à la reconnaissance des individualités génère cependant des écueils ou ce que Ravon (2009) appelle des épreuves de professionnalité. En effet, la régulation du collectif et des comportements transgressifs ne s’inscrit plus dans un système de règles et de sanctions s’imposant à tous dans la mesure où un tel système serait contraire aux spécificités d’adolescents dits « mutants » et polytraumatisés (Gaillard, 2008). Sans remettre en question le bien fondé de cette orientation pédagogique, force est de constater, néanmoins, qu’elle met à mal la fédération de l’équipe éducative tant l’intervention dépend des subjectivités en présence. Ainsi, le respect de la différence - qui s’applique non seulement aux adolescents, mais également aux professionnels - limite la confrontation des points de vue et, par conséquent la mise en mots et le partage des épreuves vécues dans l’exercice du métier au quotidien. Or, ces deux aspects sont fondamentaux pour dégager un horizon de signification partagé propice au « faire équipe » (Ravon, 2012) d’une part et au vivre ensemble d’autre part. <br /><br />Si, en suivant les réflexions de Taylor (1992), le vivre ensemble est constitué d’un horizon de signification partagé et du développement de valeurs communes par l’entretien d’un espace de dialogue entre les membres de la société, alors comment, dans un contexte tel qu’un foyer éducatif, le cadre d’intervention peut-il assurer dans un même mouvement la reconnaissance des singularités et le vivre ensemble ?<br /><br />Partant d’une expérience de supervision clinique, encore en cours, dans un foyer éducatif, cette communication, en convoquant une approche systémique (Lebbe-Berrier, 2007) vise à rendre compte d’une réflexion basée sur les pratiques et les épreuves de professionnalité telles qu’elles ont été relatées par les professionnels. Dans cette perspective, elle mettra à jour et questionnera les écueils auxquels les équipes sont confrontées dans l’articulation entre une reconnaissance de la diversité et la construction du vivre ensemble. Elle cherchera à mettre en évidence les avantages relatifs à la constitution d’une équipe fédérée par des valeurs communes en regard de la cohérence du cadre éducatif et du vivre ensemble mais également à en souligner les dérapages potentiels notamment du point de vue du respect des subjectivités (Meynckens-Fourez, 2010).<br />
Mots clés :
Cadre d'intervention / Supervision d'équipe / Embarras de la pratique
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