Le dialogue interculturel vecteur du « vivre-ensemble » interreligieux
Année : 2019
Thème : Conférence plénière Beyrouth
Type : Autre (poster, ...)
Auteur(s) :
AYOUB Rita (Liban) – rita.ayoub@usj.edu.lb
Résumé :
Animation sociale et interculturalisme, une pratique et un vécu
Animatrice sociale de formation, aujourd’hui coordinatrice de la formation au dialogue islamo-chrétien à l’USJ depuis 2004, j’ai, et je travaille toujours avec la différence de l’autre, car je considère que sa prise en compte est indispensable pour vivre dans la paix.
La dimension personnelle et mon parcours de vie participent très fortement à cet engagement. Ils guident et constituent le cœur même de ma pratique professionnelle. C’est d’ailleurs ainsi que j’ai souhaité approfondir mon cheminement, en me formant à la Communication Non Violente (CNV)
Dans ma présentation, je m’appuierai sur ces différentes expériences, personnelles et professionnelles indissociables l’une de l’autre, pour témoigner de la place centrale et de la prise en compte de l’interculturalisme dans ma pratique professionnelle.
Je mettrai en lumière trois axes que je continue toujours d’expérimenter.
Le premier axe porte sur la réconciliation après-guerre :
Entre 1975 et 1990, une guerre a lieu au Liban. Hormis les différences politiques et dogmatiques, la religion est utilisée comme prétexte pour la justifier. Dans ce cadre, des déplacements ont eu lieu entre les régions. Entre autres, des chrétiens quittent des dizaines de villages et de quartiers, vers des régions à majorité chrétienne. Vice versa, des musulmans quittent vers des régions à majorité musulmane.
En 1992, une décision politique est prise : le retour des déplacés dans leurs villages et quartiers d’origine. Dans ce cadre, j’ai travaillé sur deux projets avec pour objectifs le retissage des liens, plus précisément dans la région du Mont-Liban sud, entre druzes et chrétiens.
Les actions ont été menées dans des villages mono-religieux, des villages mixtes qui n’avaient pas vécu des massacres sanglants et des villages mixtes ayant vécu des massacres sanglants.
Chacune de ces actions supposait une stratégie d’intervention différente, qui respecte le vécu collectif et individuel.
Le deuxième axe intervient au niveau du dialogue interreligieux, notamment islamo-chrétien :
Au début de la guerre, précisément en 1977, 6 personnes (3 Chrétiennes et 3 Musulmanes) décident d’utiliser le multi religieux comme une force qui rassemble, et fondent l’Institut d’études islamo-chrétiennes (IEIC) de l’USJ.
Sur le plan personnel, un travail s’opérait entre le fanatisme et l’altérité, suite aux conflits violents intra religieux que j’ai vécus. Ce choc m’a conduit au chemin du dialogue, et c’est dans ce cadre que j’ai commencé à participer puis à animer à partir de 1998, des groupes de rencontres islamo-chrétiennes à l’IEIC.
Par ailleurs, dans le cadre de ma coordination de la formation au dialogue islamo-chrétien à l’USJ, des groupes, d’une quinzaine de personnes, chrétiens et musulmans de différentes communautés religieuses, suivent chaque année cette formation qui s’étale entre trois mois et une année. À travers des rencontres interactives, nous partageons nos émotions quant à la discrimination, nous travaillons nos perceptions vis-à-vis de soi-même et de l’autre, et nous apprenons à nous connaître mutuellement en échangeant autour des doctrines et vécus religieux.
Le troisième axe se rapporte à la « Communication Non Violente » (CNV) :
J’ai fait connaissance, il y a 9 ans, de cette démarche et philosophie mise en place par l’Américain Marshall Rosenberg, dans les années 70 du 20ème siècle.
Pensée en occident, elle s’inscrit dans une culture différente de la nôtre. Aussi, je me suis demandée comment l’appliquer dans notre région, tout en restant fidèle, à la fois à sa philosophie de base et à la spécificité de notre culture.
Il m’a fallu par ailleurs traduire et me familiariser avec les concepts en arabe, un exercice loin d’être évident. Car, il ne suffit pas de traduire les mots, mais de traduire l’esprit, et ce, j’insiste, tout en restant fidèle à notre culture.
J’ai commencé ainsi à transmettre la CNV au Liban, d’abord dans le cadre de la formation au dialogue islamo-chrétien, puis en l’ouvrant à d’autres dimensions mono ou interculturelles : des groupes syriens-libanais, des étudiants de disciplines différentes, etc.
Dans ces trois axes, des règles de base ont été approuvées, à savoir : l’importance de la régularité, la diversité et la multiculturalité des groupes, le rapport entre la théorie et la pratique, le nombre des participants et enfin, le respect du rythme de chaque personne.
Pour conclure,
A travers la présentation de ces différentes pratiques professionnelles où les dimensions d’interculturalisme et d’interreligieux constituent le noyau central, l’axe principal d’intervention, j’ai souhaité montrer que la perspective d’un travail social dans un contexte multiculturel est tout à fait envisageable.
Pour cela, il faudrait avoir des travailleurs sociaux qui se dégagent de la communauté locale, promouvoir le travail en équipes multiculturelles, proposer des formations autour de la communication dans un cadre multiculturel et enfin, impulser un travail d’introspection chez les acteurs sociaux.
Mots clés :
← Retour à la liste des articles